Newsweek, et le prix du lait dans la France effondrée
Brève

Newsweek, et le prix du lait dans la France effondrée

Les Français qui ont du talent quittent le pays. Etrange vision du site du défunt hebdomadaire Newsweek (qui n'est plus en kiosque depuis fin 2012) comparant un exil qui serait massif à celui provoqué par la révocation de l'Edit de Nantes en 1685 sous Louis XIV. L'auteure de l'article évoque au passage sa vie luxueuse à Paris, en regrettant la hausse des impôts avec l'arrivée de Hollande.

L'exode des forces vives françaises écrasées d'impôts serait "une tragédie pour ce pays riche et plein d'histoire." Le problème serait, selon le site du défunt hebdomadaire Newsweek plusieurs fois racheté depuis sa chute, serait qu'il n'y a pas de mot français pour... "entrepreneur".

Où sont les Richard Branson ou Bill Gates français demande ainsi l'article, citant un ami de l'auteur, avocat, qui fuit à Londres un impôt prenant 70% de ses revenus. Puis Newsweek se demande comment le ministre des Finances, Pierre Moscovici peut avoir le sourire alors que "Rome est en train de bruler". Effectivement on se demande comment Moscovici peut avoir le sourire alors que selon Jeanine di Giovanni, auteure de l'article, le demi litre de lait coûte à Paris 4 dollars !

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L'article ne conteste pas l'existence d'Airbus, ou du TGV, ainsi que celle de LVMH, et d'un tourisme florissant, mais estime que la France décline depuis deux ans. Il n'y aurait pas 3 millions de chômeurs comme le disent les statistiques officielles, mais 5 millions. Ce déclin serait dû aux élites toutes formées dans les mêmes "grandes écoles" comme Hollande, Royal ou Chirac qui croient encore que la France est une superpuissance. Di Giovanni (ex reporter de guerre pour le Times) évoque son cas personnel de mère vivant à Paris, dans un appartement donnant sur le jardin du Luxembourg, et ayant scolarisé son fils à l'Ecole Alsacienne (cette école privée coûte 900 euros par trimestre + 400 euros par trimestre pour la demi-pension).

L'auteure dénonce ensuite pêle-mêle les avantages financiers accordés à des syndicalistes ou à un ami cameraman qui travaillait 5 mois par an avant de vivre le reste de l'année aux crochets de l'Etat dans sa confortable maison du sud de la France. Et elle ajoute que la France est un pays nombriliste qui ne regarde pas vers l'éxtérieur.

La France est peut-être en déclin, mais Newsweek ne va pas bien non plus. Vendu, en 2010, pour un dollar symbolique par le Washington Post, il n'a pas été sauvé par son acheteur le site The Daily Beast. Puis c'est un Français, éditeur de sites d'info basé aux USA, qui a repris le titre moribond, en octobre 2013. Proche des milieux évangélistes, Etienne Uzac démentait toute pression sur le contenu éditorial, en déclarant à @si, en septembre dernier, qu'il ne confond pas sa foi et son business. Uzac espère relancer une version papier cette année.

Evidemment cet article a fait réagir. Le blog du Monde.fr, les Décodeurs, s'est même lancé dans une grande opération de fact-checking. D'abord de manière humoristique sur le fait qu'il n'existerait pas en français de mot pour dire "entrepreneur". Là-dessus, les Décodeurs sont formels. "le mot "entrepreneur" existe bel et bien dans la langue française selon le Petit Robert ; et ce depuis des lustres", écrivent ainsi nos confrères. Mais le fact-checking est aussi fait sur les faits précis reprochés par Newsweek à la France. Ainsi, par exemple, les Décodeurs sont allés enquêter dans le 6è arrondissement où habite Jeanine di Giovanni pour trouver le prix du demi litre de lait qui serait selon elle à 4 dollars, soit 5,88 euros le litre. "Janine di Giovanni réside dans le très cher 6e arrondissement de la capitale, on se demande où elle peut bien aller faire ses courses : le prix du lait bio le plus élevé que nous ayons réussi à trouver est de 1,42 euros le litre", détaille Le Monde.

Ou encore sur l'affirmation de Newsweek selon laquelle en France,"Les couches sont gratuites, les gardes d'enfants sont déductibles des impôts et les crèches sont gratuites dans tous les quartiers." Ni couches, ni crèches gratuites, et seulement une aide minime pour les gardes d'enfants, rappellent les Décodeurs. Au rang des réactions, signalons également l'article très ironique d'Anne Sinclair sur le Huffington Post.

Mise à jour 15h50 avec l'article des Décodeurs et le lien vers celui du Huffington Post.

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