Livre contre Deutsch et les "historiens de garde"
Brève

Livre contre Deutsch et les "historiens de garde"

Après les critiques détaillées sur le web, le livre. Dans Les historiens de garde, un enseignant (co-fondateur du site Histoire-pour-tous.fr) et deux doctorants reviennent sur le succès de Métronome de Lorànt Deutsch et de tous ces "historiens de garde" médiatiques comme Zemmour ou Dimitri Casali qui, sous couvert de rejet de l'historiquement correct ou de vulgarisation de l'histoire, véhiculent la nostalgie d'un "passé fantasmé" autour du roman national et d'une France éternelle.

Au-delà des critiques sur les erreurs historiques du livre Métronome de Lorànt Deutsch et de son arrière-fond royaliste, que nous avions déjà évoqué, les auteurs du livre Les historiens de garde, William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin, racontent comment l'acteur a réussi à séduire plusieurs médias et éviter les querelles historiques, en usant d'un champ sémantique bien particulier. Ainsi, Deutsch ne se revendique pas historien, il ne parle pas de faits historiques mais assure que son récit est "authentique et authentifié", termes relativement vagues, et invite le lecteur à une "balade" à travers l'histoire. Plutôt que d'un travail historique fondé sur une étude critique des documents, Deutsch préfère parler d'"éclairage", comme si l'histoire n'était qu'une question de point de vue. A charge pour ce royaliste de sélectionner les points de vue qui l'arrangent pour reconstruire un roman national.

Face à ces critiques d'ordre idéologique, les auteurs des Historiens de garde assurent que Deutsch a trouvé une parade imparable : le retour à l'enfance et l'entretien de la nostalgie. Ainsi, Deutsch raconte qu'il a aimé l'histoire par des films, en rejouant des scènes historiques "avec des playmobils", il souligne l'importance des "jeux" dans l'apprentissage de l'histoire. "L'évocation de l'enfance permet d'évacuer tous soupçons idéologiques et de plonger dans la nostalgie", écrivent les auteurs des Historiens de garde.

Et comme les historiens universitaires ont délaissé l'univers médiatique ("les talk-shows écrasent les concepts", disent les auteurs du livre), la "nouvelle garde" de cette histoire réactionnaire, celle des grands hommes et de la nostalgie d'une France éternelle, est invitée dans toutes les émissions. Zemmour, par exemple, n'hésite pas à citer des sources de plus d'un siècle pour appuyer ses thèses sur l'immigration. De même, ces nouveaux "historiens de garde" dénoncent, avec par exemple le soutien du Figaro, l'enseignement de l'histoire. Exemple : Dimitri Casali, avec son opéra rock sur Napoléon, que nous avions reçu dans notre émission. Conclusion du livre : "L'histoire est un combat, ne serait-ce que parce qu'elle est attaquée par un double phénomène qui relève à la fois d'un repli sur le roman national à des fins identitaires et par des stratégies marketing dont le but n'est ni plus ni moins que de transformer des citoyens libres en consommateurs d'images d'Epinal". Pour lutter contre ce double phénomène, les auteurs préconisent notamment de continuer à investir de nouveaux espaces de discussion et de débat : le web mais aussi les cafés et forums historiques pour mettre "en relations amateurs et professionnels" de l'histoire.

L'occasion de vous replonger dans notre copieux dossier : "Histoire, quelle histoire !"

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