Les naufragés et les conquérants
Brève

Les naufragés et les conquérants

Deux couvertures de magazines hebdomadaires, deux visions du monde. À gauche, The Economist, à droite Valeurs actuelles. Entre les deux, ce qui sépare l'humanisme de la bêtise crasse alliée à la haine :


Les deux couvertures ont, avec leur titre blanc sur un rectangle rouge, des maquettes similaires. Les deux photos d'un canot de migrants au milieu de la mer et les titrailles jaunes renforcent encore la ressemblance mais dès qu'on regarde les images, dès qu'on lit les titres, la différence saute aux yeux.

À gauche, le très libéral, très conservateur et très anti-européen Economist affiche une photo en plan large nous montrant un canot s'enfonçant dans la mer et les migrants perdus dans l'immensité qui tentent de survivre à ce naufrage. Europe's boat people - A moral and political disgrace, Les boat people de l'Europe - Une honte morale et politique, titre l'hebdomadaire. Et dans son article il n'y va pas par quatre chemins :

« L'Union européenne aime se vanter d'être une force du bien. Mais depuis dix jours, ce sont près de 1 200 boat people qui se sont noyés dans les eaux de la Méditerranée. Parmi eux, un nombre inconnu de réfugiés syriens, érythréens et somaliens fuyant la guerre ou la persécution. S'il sont morts, c'est en partie parce que la politique européenne sur le droit d'asile est un échec moral et politique. »

L'Europe est même allée, précise-t-il, jusqu'à proposer de « ne pas intervenir et de regarder des innocents se noyer pour en dissuader d'autres de les suivre. Cette logique est une erronée en plus d'être moralement répugnante. »

Le discours anti-européen de The Economist est rude - et sans aucun doute ici fondé - mais sa couverture est tout empreinte d'humanité :

 

On ne peut pas en dire autant de celle de Valeurs actuelles qui met en scène un bateau en plan serré fonçant sur nous, s'apprêtant à jaillir littéralement hors de la couverture. Le Débarquement. Avec un D majuscule au mot Débarquement, pour bien nous signifier qu'il s'agit là d'une action planifiée comme le fut le Débarquement allié en Normandie. Ce bateau n'étant, bien sûr, que l'un des maillons d'une gigantesque armada qui va faire débarquer sur nos côtes des hordes de migrants déterminés à nous envahir : Un million de réfugiés à nos portes, alors que 68% des Français [sont] contre l'accueil des migrants, peut-on lire sur cette couverture.

Sauf que la vérité n'a rien à voir avec cette immonde couverture empreinte d'une bêtise crasse. La vérité, ce sont des centaines, des milliers de gens qui périssent noyés. La vérité, c'est la haine qui suinte des pores de Valeurs actuelles.

« La haine est un sentiment qui ne peut exister que dans l'absence de toute intelligence », écrivait Tennessee Williams. Tennessee qui ?
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