L'Erythrée apparaît dans le radar de TF1
Brève Vidéo

L'Erythrée apparaît dans le radar de TF1

Journaliste TV française rech. dictateur exotique, dispo. dès que possible, si possible paranoïaque et sanguinaire. TF1 consacrait hier soir un reportage de deux minutes à l'Erythrée, pays de la Corne de l'Afrique d'ordinaire très peu médiatisé. L'occasion d'évoquer la répression dont sont victimes les familles des réfugiés qui cherchent à fuir ce régime totalitaire... mais aussi de (re)découvrir l'appétit des journalistes pour le cliché du "dictateur sanguinaire".

Le reportage a le mérite d'exister. Après quinze jours à suivre l'errance des migrants en provenance de la Corne de l'Afrique - des rochers de Vintimille aux camps de fortune du nord de Paris -, une chaîne de télévision s'est intéressée au pays d'origine de nombre d'entre eux : l'Erythrée. Une apparition sur les radars médiatiques d'autant plus notable qu'@si relevait la semaine passée la quasi-absence d'images en provenance de cet Etat. Le sujet du 20h de TF1 contourne le problème en utilisant des témoignages de migrants érythréens à Paris, et des images de la télévision d'Etat (Eri-TV, qui diffuse en direct sur Internet) :

Mais le plus intéressant n'est pas la manière dont la chaîne parvient à illustrer la situation dans un pays d'où sortent si peu d'images ; c'est plutôt la manière dont les journalistes de TF1 parlent de son président. Tendez l'oreille :

Le président érythréen Issayas Afeworki est à la fois omniprésent et complètement absent du reportage : omniprésent car le présentateur Gilles Bouleau ne parle dans son lancement quasiment que de lui, ce "dictateur à la fois sanguinaire et paranoïaque". Et absent car rien dans le sujet ne vient étayer ces deux qualificatifs... et car son nom n'est jamais cité. Le dictateur africain, un stéréotype tellement éculé qu'il n'a plus besoin de nom ? Issayas Afeworki est pour TF1, sobrement, "le dictateur".

Pourquoi nous présenter ainsi ce personnage, sans rien pouvoir en dire finalement ? Sans doute car TF1 a tenté de faire de l'Erythrée ce qu'elle n'est pas : une dictature "typique", avec à sa tête un président mégalomane et incontrôlable. Or, rappelait sur le plateau d'@si le chercheur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, l'Erythrée n'est pas la Corée du Nord ni le Turkménistan ; et même si cela aurait été plus télégénique, Issayas Aferworki n'est pas Kim Jong-Un ni Saparmourad Niazov :

Pour (re)voir l'intégralité de notre émission sur l'Erythrée, c'est par ici : "Erythrée : je n'avais pas mesuré l'ampleur de ce qui se passe". Et pour se souvenir à quel point les dictatures sont objet de fantasmes, notre enquête sur les exécutions en Corée du Nord est par là : "Exécution au canon anti-aérien : la Corée du Nord, ce pays où tout peut arriver".

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