Praud et Morandini : sur CNews, une semaine absolument normale
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Praud et Morandini : sur CNews, une semaine absolument normale

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15 janvier 2026, sur CNews. Un jour parfaitement normal, qui se déroule parfaitement normalement. Il est 10 heures 32 et Pascal Praud conclut assez sèchement L'heure des pros (où il venait de diffuser un micro-trottoir fascinant : "Peut-on demander à ses invités de se déchausser ?") en passant la parole à l'animateur de l'émission suivante : "Jean-Marc Morandini, c'est à vous." "Oui, c'est à moi", enchaîne Morandini, tout sourire, "et je vais vous parler de ce qui s'est passé à Avignon..."

À part le ton un peu sec de Praud (qui est peut-être simplement dû au fait qu'il a deux minutes de retard sur le moment où il doit rendre l'antenne), tout semble normal. Sauf que Jean-Marc Morandini vient d'être condamné définitivement pour corruption de mineurs, la veille, ce que Praud se garde bien de rappeler sur CNews. Morandini, qui avait déjà été condamné en première instance puis en appel, contestait devant la cour de cassation sa condamnation pour des messages et des demandes de nature sexuelle, envoyés à des adolescents entre 2009 et 2016.

Tout est normal, sauf que Praud, qui vient de passer la parole à Morandini, a consacré son édito en début d'émission à s'indigner que "2026 sera l'année où des détenus criminels seront libérés faute de pouvoir les juger dans les temps", et qu'il a tenu ces propos sur une chaîne qui a décidé de maintenir à l'antenne un homme par trois fois jugé et condamné, et désormais de façon définitive. Une chaîne qui, alors qu'elle s'appelait encore iTélé lorsqu'elle a embauché ledit condamné qui était alors mis en examen, avait juré qu'il "quitterait le groupe sans indemnité en cas de condamnation". CNews "assume", a déclaré le directeur général, Gérald Brice-Viret : Morandini n'est "pas au même étage" que les stagiaires de troisième, donc "il est à l'antenne et il le restera".

Le syndicat autonome de Canal+, +Libres, a dénoncé, dans un communiqué qui apporte son soutien aux victimes de Morandini, "les conséquences négatives" du choix de le maintenir sur CNews : "Comment CNews peut-elle se réjouir d'être la première chaîne d'information en France tout en conservant à l'antenne un animateur / journaliste aujourd'hui discrédité par une condamnation définitive ?" Le syndicat appelle les salariés du groupe à "faire entendre leur voix face à une situation susceptible de heurter leurs valeurs ou leur conscience".

Faut-il prendre le ton sec de Pascal Praud comme une façon de "faire entendre sa voix", lui qui ne fait pourtant pas dans la subtilité à longueur d'éditos et de (très) longs débats ? Lui qui, pas plus tard que cette semaine, n'avait pas peur de tenir des propos violemment racistes en déclarant, dans L'Heure des Pros du 13 janvier, à propos d'un face-à-face entre agriculteurs et forces de l'ordre, que "ça n'est pas facile pour les policiers" qui sont "obligés de s'interposer" alors que "les gens en face sont blancs" et "partagent parfois leurs convictions, leurs valeurs, ou leurs origines". Pour se défendre, il a ensuite prétendu avoir dit que "la preuve était apportée que les policiers effectuaient leur travail quelle que soit la couleur de peau", suite à un débat en réaction aux propos d'Assa Traoré sur le racisme systémique dans la police, et que des "esprits mal intentionnés" ont "instrumentalisé cette séquence sortie de son contexte pour [lui] faire dire l'exact contraire" de ce qu'il aurait dit. Il s'en est à nouveau défendu le 15 janvier : "Il n'y a pas l'ombre de racisme dans les propos que je tenais... Il faut rappeler que le racisme c'est un délit, ça tombe sous le coup de la loi." Des député·es ont exprimé leur indignation et saisi l'Arcom.

Des propos racistes le mardi, une condamnation définitive envers un animateur le mercredi, un maintien du condamné à l'antenne le jeudi. En somme, une semaine parfaitement normale sur CNews, la chaîne d'extrême droite où tout est permis, racisme comme corruption de mineurs.

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