Le crowdfunding "dopé" de Michèle Laroque
Brève

Le crowdfunding "dopé" de Michèle Laroque

Le projet de film de l'actrice est aussi financé par de grosses entreprises

L'actrice Michèle Laroque se met au "crowdfunding". Pour son dernier film, elle a décidé de surfer sur ce système de collecte de fonds en ligne et de faire financer le projet par les internautes. Seulement voilà, les internautes sont aussi des grosses sociétés... Au détriment de l'esprit du "crowdfunding" ?

"Michèle Laroque lance une campagne de financement participatif pour son prochain film "Jeux Dangereux". Une aventure qu'elle veut partager avec vous" peut-on lire sur le site plateforme de financement de films spécialisé touscoprod.com. L'actrice a donc décidé, elle aussi, de profiter de l'engouement actuel autour du "crowdfunding" ou financement participatif. Pour une participation de 10 à 15 000€ on peut ainsi "partager l'aventure avec elle" et aider l'équipe à atteindre l'objectif de 400 000€ affiché sur touscoprod.com.

Les financements de type crowdfunding ont généralement pour objectif de collecter l'intégralité de la somme nécessaire au projet par la contribution de particuliers, pour se détacher des contraintes de production classique. C'est par exemple l'argument avancé par Zach Braff pour son "I wish I was here" qui lui a permis de lever 2,5 millions de dollars en quelques jours sur KickStarter. Mais, dans le cas du projet de Michèle Laroque c'est un peu différent : "Les 400 000 € constitueront le premier apport financier et permettront de lever la suite du financement nécessaire". On apprend un peu plus loin que le budget global du film sera en fait de… 4 millions d'euros. Michèle Laroque aurait ainsi trouvé un moyen de lever 10% du budget de son film, sans aucun risque (la somme provient exclusivement des internautes et elle n'est effectivement versée que si le projet atteint l'objectif) ni contrepartie financière (seules des contreparties "symboliques" sont attribuées, comme des crédits au générique). Une fois cette somme confortable obtenue, elle pourra solliciter le reste des financements plus "traditionnels" et produire de façon tout à fait classique le film.

On pourrait trouver le procédé "limite" et en rester là mais le questionnement se poursuit lorsque l'on s'aperçoit (merci aux @sinautes qui nous ont mis sur la piste) que pour atteindre les 400 000€, deux "donateurs" ont contribué respectivement à hauteur de 50 000 et 75 000€ (soit environ un tiers de l'objectif fixé). De riches internautes ? Des fans inconditionnels de Michèle Laroque ? Non, "une société américaine de catering qui veut se développer en France et une compagnie financière..." comme l'explique Laroque sur son Twitter. On est bien loin du projet financé exclusivement et directement par des internautes.

Laroque explique les grosses contributions sur son Twitter picto

Capture Laroque 1

Capture accrochage

"Cela a au moins le mérite de montrer qui finance quoi dans un système français où c'est particulièrement obscur" estime Mathieu Maire du Poset, directeur des projets d'Ulule, autre plateforme de crowdfunding. "Il est assez logique que des grosses structures participent. Ca ne leur est pas fermé et les internautes ont toujours le choix de financer tel ou tel projet." poursuit-il, estimant qu'il faudrait peut-être "casser le mythe du crowdfunding qui vient financer tout un projet, mais uniquement à 10 000 balles avec des gens inconnus".

Comme pour illustrer ces propos, un petit malentendu a eu lieu sur Twitter suite à la publication de notre enquête sur Noob. Si un contributeur du projet de Michèle Laroque estime avoir "battu" le record de rapidité de Noob, un fan lui rappelle que dans le cas de la web-série, les financements ne proviennent que de particuliers.

picto Petit accrochage participatif sur Twitter

Vincent Coquaz

L'occasion de lire notre enquête sur Noob cette web-série qui a affolé tous les compteurs du financement participatif cette semaine.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.