La SNCF, l'aumône et les médias
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La SNCF, l'aumône et les médias

Histoire d'un rétropédalage

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La SNCF a verbalisé à hauteur de 100 euros un usager de la gare de Toulouse qui donnait 70 centimes à une femme l'ayant sollicité. Il a suffi de quelques heures et nombre de publications dans la presse pour que l'entreprise change complètement de position.

Cet homme (resté anonyme) aurait-il obtenu l’annulation de son amende pour "sollicitation de toute nature" s’il n’avait pas franchi la porte des bureaux de deux médias toulousains, France 3 et La Dépêche du Midi ? Mercredi 20 novembre, en gare de Toulouse Matabiau, il s’apprête à donner de l'argent à une femme l’ayant accosté au distributeur de billets. "Je me suis donc décidé à voir s'il me restait quelques pièces dans mon portefeuille", raconte-t-il à France 3 Occitanie, premier média à révéler l’histoire, publiée jeudi 21 novembre à 14 h 17. Mais une équipe de la sécurité ferroviaire surgit, lui déconseillant l'aumône.

Des articles de reprise en cascade

"J’ai quand même donné les pièces que j’avais", a-t-il indiqué à La Dépêche du Midi, dont l’article accompagné d’une vidéo-témoignage a été publié à 14 h 55. Aux deux médias, il expose le même récit, appuyé du procès-verbal de son amende de 50 euros, additionnés de 50 euros de "frais de dossier", et affirme son refus de la payer. Dans les minutes suivant la publication de France 3, Twitter bruisse, et les autres médias enchaînent rapidement : La Voix du Nord dès 15 h 30, Les Dernières Nouvelles d’Alsace à 16 h 10, et Actu Toulouse à 16 h 27, pour ne citer que les premiers.

Acte 1 : la SNCF droite dans ses bottes

Au matin du jeudi 21 novembre, lorsque les journalistes locaux des deux titres ayant publié le témoignage de première main appellent la direction régionale de la SNCF, l’entreprise ferroviaire défend ses agents de sécurité. "Si cette contravention a été dressée, c'est qu'il y avait une bonne raison de le faire. De toute façon, entre la personne verbalisée et le policier, ce sera parole contre parole", indique-t-elle à France 3. "Nous sommes très vigilants sur la mendicité", détaille-elle à La Dépêche du Midi en arguant d’un "sentiment d’insécurité" des usagers (pour rappel, la SNCF avait déjà suscité l’indignation en mars 2019, lorsqu’elle avait installé des panneaux demandant aux usagers de signaler tout acte de mendicité).

Acte 2 : la SNCF sort les rames

Dès les premiers appels passés par d’autres journalistes après publication par France 3, l’entreprise ferroviaire modifie son discours. "Une enquête interne a été diligentée pour croiser les éléments et confronter les versions", communique-t-elle au site d'actualité locale Actu Toulouse. Les articles, eux, se succèdent, publiés par la presse nationale, à l’instar du Point ou du Parisien. Aux environs de 19 h, l’AFP diffuse un commentaire de la SNCF. De nombreux médias mettent alors à jour leurs articles (sans toutefois signaler la teneur des mises à jour, dont le seul indice est souvent la mention "modifié à"). Le propos tenu par la SNCF à l'AFP... n’a plus aucun rapport avec ceux de la matinée. "Il y a une maladresse de la part d'un de nos agents. Le procès-verbal va être annulé et la SNCF va prendre contact avec le voyageur. L'affaire est allée beaucoup trop loin", déclare à l’agence de presse une porte-parole de l'entreprise.

Acte 3 : la SNCF amnésique 

L’usager pénalisé pour sa générosité a bien été appelé par la SNCF. "La SNCF m'a présenté ses excuses et a décidé d'annuler cette amende", témoigne-t-il vendredi 22 novembre sur France Info. Contacté ce samedi par ASI, le service presse de la SNCF semble souffrir d’amnésie. "L’ampleur médiatique n’a pas été plus importante que ça", nous indique-t-on. "Nous avons réagi tout de suite quand les faits ont été portés à notre connaissance, en disant que c’était une maladresse." Ce sont pourtant bien les reprises en cascade, jusqu’à un appel de l’AFP quelques heures après la première publication, qui ont abouti à un rétropédalage si rapide.

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