La rubrique Desintox du Washington Post s'arrête (mais reviendra)
Brève

La rubrique Desintox du Washington Post s'arrête (mais reviendra)

Le fact-checking est-il vain ? La rubrique désintox du Washington Post "What was Fake" (Ce qui est faux) fait une pause, après une année seulement d'existence. La responsable de la rubrique promet toutefois de revenir, sous une nouvelle forme à définir.

WashingtonPost.com, 18/12/2015

"Nous avons lancé « Ce qui est faux » en 2014 en réponse à ce qui ressemblait, à l'époque, à une épidémie de légendes urbaines et de canulars du web : des sujets légers, un peu tordus pour la plupart, comme ces nouveaux parfums d'Oreo ou ces bébés aux noms absurdes". Pour Caitlin Dewey, responsable de la rubrique désintox du Washington Post, le constat est clair : dix ans plus tard, alors que se sont multipliés des sites web colportant de fausses rumeurs, cette rubrique hebdo ne fait plus le poids. "Clairement, cette rubrique n'a pas été conçue pour se frotter à l'environnement actuel", écrivait-elle le 18 décembre sur le site du Post.

"Walter Quattrociocchi, responsable du laboratoire de sciences sociales informatiques de l'Institut de Lucca, a passé plusieurs années à étudier comment les théories du complot et les fausses rumeurs se répandaient en ligne, et il a confirmé certaines de mes craintes", développe Dewey. "Il m'a expliqué que la défiance à l’égard des institutions est si haute que les personnes qui partagent les rumeurs en ligne ne sont guère intéressées par leur véracité mais partagent celles qui semblent les plus proches de leur perception du monde". Et ne sont donc pas près d'être convaincues par le fact-checking d'un media dit "installé".

'Une certaine forme de service public"



Face aux réseaux sociaux et au flux de rumeurs, le fact-checking est-il vain ? Ce n'est pas l'avis du journaliste du Monde, Samuel Laurent, responsable de la rubrique "Les Décodeurs". Selon lui, ce travail de désintox est utile. Certes "les gens qui partagent une image bidon se fichent éperdument qu’elle le soit tant qu’elle sert leurs présupposés" explique Laurent sur la plateforme de blogging Medium. Faut-il pour autant baisser les bras ? Non. Car à ne parler que des extrêmes on en oublie les millions de lecteurs qui tombent sur une info sans avoir les moyens de savoir si elle est vraie ou non, et qui partagent de bonne foi des choses fausses".

Tout en prenant garde à ne pas rebondir sur n'importe quelle rumeur en lui donnant une audience qu'elle n'avait pas forcément, le journaliste du Monde considère que "dénoncer des fakes, lutter contre les rumeurs, est utile et nécessaire. Il s’agit d’une forme de « service public », concret, qu’un média peut rendre à ses lecteurs". Et le journaliste de conclure : "Valider l’info, expliquer comment distinguer vrai et faux, offrir aux lecteurs ce service, c’est sans doute un moyen de redorer un peu un blason journalistique bien terni".

Du côté du Washington Post, le fact-checking devrait revenir sur le site, mais sous une autre forme. "« What was fake » a fait son temps, mais la nature de la désinformation sur internet a changé - et de la même façon que le vent tourne, nous allons aussi changer", conclut Dewey.

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