la photo la plus controversée du 11-Septembre
Brève

la photo la plus controversée du 11-Septembre

Un article du Guardian, publié le 2 septembre dernier, rappelle l'histoire de cette très étrange image :

Photo © Thomas Hoepker/Magnum

"Sur cette photo prise par Thomas Hoepker le 11 septembre 2001, écrit Jonathan Jones, on peut voir un groupe de New-yorkais assis, en train de discuter dans un parc ensoleillé de Brooklyn. Derrière eux, au delà d'une eau bleue scintillante, dans un ciel d'azur, un terrible nuage de fumée et de poussières survole le bas de Manhattan. Il part des deux tours qui ont été frappées par les terroristes le matin même et qui se sont effondrées, tuant par le feu, la fumée, la chute ou l'écrasement environ 3 000 personnes."

Thomas Hoepker, continue-t-il, attendra 2006 avant de publier cette photo dans un livre. Elle fera débat, évidemment. Frank Rich, dans un article du New York Times, "vit dans cette photographie troublante une image de l'Amérique, incapable de tirer des leçons de ce jour tragique : « Les jeunes gens visibles sur la photo de M. Hoepker ne sont pas forcément insensibles. Ils sont juste Américains »".

Mais la personne qui, à l'extrême droite de l'image, a l'air de prendre un bain de soleil avec sa petite amie, réagit en déclarant qu'ils étaient en fait "dans un état de choc profond".

L'auteur de l'article, lui, manifeste son scepticisme en écrivant : "Bah ! Il est impossible de photographier un sentiment." ("Well, you can't photograph a feeling.")

Mouais. Ce gars-là, Jonathan Jones, devrait contempler plus souvent des photos et des tableaux dans les expositions et les musées, avant d'écrire de telles généralités ressemblant tellement à de la bêtise qu'on pourrait presque confondre.

Impavide, il continue en affirmant la chose suivante : "Cette image d'un cataclysme historique nous montre quelque chose qui se vérifie lors de tous les événements historiques : la vie ne s'arrête pas sous prétexte qu'il se produit une bataille ou un acte de terrorisme à deux pas. Les artistes et les écrivains n'ont cessé de le dire, à travers les âges. Ainsi, dans son tableau La Chute d'Icare, le peintre de la Renaissance Pieter Bruegel met en scène un paysan labourant son champ pendant qu'un jeune homme tombe à l'eau et se noie. C'est une observation très similaire à laquelle se livre Hoepker."

La Chute d'Icare par Pieter Buegel, 1560

Jonathan Jones a l'art de faire des raccourcis saisissants, pas forcément appropriés. Il nie d'abord la déclaration de la personne assise à droite de l'image, il compare ensuite la tragédie du 11-Septembre à La Chute d'Icare en attribuant à cette catastrophe le message du tableau.

Sauf qu'il y a une immense différence entre les deux événements : La Chute d'Icare est due à la prétention et l'imprévoyance d'une seule et unique personne, un gamin qui a voulu voler trop près du soleil grâce à des ailes collées avec de la cire ; et ce n'est pas la chute de ce jeune prétentieux, nous dit Bruegel, qui va empêcher le monde de tourner. Il en a vu d'autres. C'est sûr.

L'écroulement du World Trade Center, lui, ne s'est pas produit par la faute des 2 995 personnes qui sont mortes à cette occasion. Ce n'était que des employés de bureau, des passants, des policiers et des pompiers. Peut-être que cet événement ne changera pas la face du monde, qui continuera de tourner comme avant. Mais toutes ces victimes n'avaient pas défié le soleil en se collant des ailes dans le dos, elles ne méritaient pas forcément cette fin.

Liens
Cet article à propos de Thomas Hoepker, publié le 19 janvier 2007 sur le SpiegelOnline.
Cet article de 2006 sur Slate.com, à propos de la controverse qui naquit lors de la parution de la photo de Thomas Hoepker.
Les Zétazuniens ont parfois mauvais goût, c'est bien connu. Voici donc quelques objets censés commémorer le 9/11. C'est par là et c'est redoutable (merci à Daniel C. pour l'info).

L'occasion de lire deux de mes chroniques. La première, intitulée Veau, vache, cochon, couvée, où il est question de La Chute d'Icare par Bruegel ; et la seconde, intitulée Le 11-Septembre, la sépia et le religieux, où il est question des images commémoratives publiées à l'occasion du 10e anniversaire.

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