Kerviel (presque) innocenté chez Ruquier
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Kerviel (presque) innocenté chez Ruquier

Trop bien la nouvelle réforme de la justice ! Figurez-vous qu'entre la cour d'appel et la cour de cassation, il y a désormais la cour Ruquier, qui lave plus blanc que blanc les déjà condamnés. Invité de l'émission "On n'est pas couché", diffusée samedi 27 octobre sur France 2, l'ex-trader de la Société générale, Jérôme Kerviel, a eu les honneurs des questions compatissantes de Laurent Ruquier, Natacha Polony et Aymeric Caron. Un boulevard pour la défense au point qu'on se demande vraiment pourquoi la cour d'appel a condamné Kerviel.



La semaine dernière, l'ancien trader de la Société générale, Jérôme Kerviel, a été condamné à cinq ans d'emprisonnement, dont trois ans ferme, ainsi qu'au remboursement du préjudice (4,9 milliards d'euros) pour abus de confiance, introduction frauduleuse de données informatiques, faux et usage de faux. Un verdict implacable de la cour d'appel de Paris.

Mais sur France 2, samedi soir, c'est un tout autre procès qui s'est déroulé chez Laurent Ruquier en présence de Kerviel et de son avocat, Me David Koubbi. La parole était à la défense, exclusivement à la défense. Avec plus de 30 minutes de questions mettant en doute le verdict de la cour d'appel. Du genre : "Est-ce qu'on peut dire [que Kerviel] a fait perdre 4,9 milliards d'euros ?", "Qu'est-ce qui fait que vous avez envie de faire gagner autant d'argent à votre banque parce que cet argent-là n'est jamais allé dans votre poche ?" ou encore "Vous estimez que vos supérieurs hiérarchiques auraient dû voir, ou alors ils ont vu" ?" La réponse est évidente. D'ailleurs, comme le fait très justement remarquer Natacha Polony, visiblement très affutée sur les questions de finance : "Est-ce que très sincèrement, une banque comme la société générale pouvait savoir que vous alliez jusqu'à ces 50 milliards [de positions] et ne rien dire ?" Réponse sincère exigée !

Sur 35 minutes d'interview, Ruquier croit tout de même bon de préciser au bout d'un quart d'heure que "la justice dit le contraire" de ce qu'assure la défense sur le plateau. Heureusement, ce petit moment d'égarement de l'animateur est vite balayé par la suite du questionnement qui fait de Jérôme Kerviel une "victime", "écœurée par le monde de la finance". Sans oublier LA question que tout le monde se pose, à commencer par Polony : "Comment devient-on Jérôme Kerviel ?"

Justice spectacle, mode d'emploi picto

Après la diffusion de cette émission, le journaliste de BFM Business, Stéphane Soumier, a dénoncé sur son blog le "gouffre béant qui sépare maintenant la vérité médiatique et la vérité judiciaire de l'affaire Kerviel". Exemple : au cours de l'émission, pour prouver que la hiérarchie de l'ancien trader était au courant de ses agissements, l'avocat a cité un mail émanant de la Société générale et stipulant que "les opérations de Jérôme Kerviel sont des opérations fictives". La preuve que la banque était au courant de ce qui se passait ? C'est ce qu'on comprend en visionnant l'émission. Sauf que Soumier explique que selon l'arrêt de la cour d'appel, Jérôme Kerviel faisait en réalité deux types d'opérations fictives : "de « vraies » opérations fictives, les plus énormes, celles pour lesquelles il est condamné (pages 89 à 92) et de « fausses » opérations fictives, en ce sens qu’elles sont connues de tous, totalement vénielles, permettant de réconcilier des arbitrages parfois absurdes dans les livres de comptes résultant « d'erreurs de saisies »". En clair, de simples artifices comptables, "aux montants ridicules" et qui "sont parfaitement tolérées". Le mail cité par Koubbi sur le plateau évoquerait donc ces "opérations fictives" connues de tous et non les opérations frauduleuses. Mais impossible pour le téléspectateur de comprendre cette subtilité.

Conclusion amère du journaliste : "Essayez d’expliquer ça entre deux applaudissements sous l’œil dubitatif de Natacha Polony. Injouable".

Une nouvelle pièce à glisser dans notre dossier : Kerviel contre Société Générale : guerre de com'.

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