Katyn : une question non posée
Brève

Katyn : une question non posée

Il fallait qu'un journaliste ose le mot. C'était trop tentant.

On a guetté tout le week-end. Ils tournaient autour, parlaient de "malheur", de "tragédie", mais se retenaient. Et c'est finalement Nicolas Demorand, lundi matin, sur France Inter, qui a décroché la timbale en haut du crucifix en évoquant la "malédiction" de Katyn. Malédiction ! Aussi impressionnant que soit l'accident aérien qui a coûté la vie au président polonais, et à une centaine de membres du personnel politique et de hauts fonctionnaires, sur les lieux même du massacre des officiers polonais en 1940, aussi "inimaginable" que soit cette "tragédie", pour reprendre les mots mesurés de Lech Walesa, faut-il pour autant tomber à genoux, Jesus Marie, en parlant de "malédiction" ?

Aux jités français, les Varsoviens éplorés sont arrivés à point nommé pour chasser de l'ouverture les propriétaires du littoral atlantique. Larmes et lamentations en gros plan : c'est ainsi que le jité choisit ses sujets d'ouverture. N'importe quoi, pourvu que ça renifle. N'importe quoi, pourvu qu'on fournisse clés en main, les accessoires (fleurs, bougies, pancartes en gros caractères) de l'émotion médiatisable.

Encore faut-il que les victimes soient de pures victimes. C'est ainsi, comme nous vous le racontions vendredi, que pas un seul jité français n'a rappelé que la grande majorité des maisons désignées à la destruction, en Vendée et en Loire-Atlantique, étaient des résidences secondaires. Certes (objectent avec raison des @sinautes directement concernés) pas des chateaux, justifiant le bouclier fiscal. Mais des résidences secondaires. De même, dans les premiers récits du crash polonais, discrétion de violette sur la chaîne des responsabilités de "l'erreur humaine".  Et pourtant ! Imagine-t-on une seconde qu'un pilote transportant le tout-Etat, ayant tenté trois fois un atterrissage dans le brouillard, tente seul un quatrième atterrissage, sans en référer à ses prestigieux passagers ? Cherchez bien, dans vos médias, qui pose cette simple question, et venez nous le raconter. Soyons juste : avec une loupe, on peut en trouver trace. Il faut par exemple arriver aux toutes dernières lignes de l'article de Libération, pour lire ceci : "le pilote aurait été sous pression de l'équipe présidentielle. Elle aurait mis en avant le fait que quelque 400 personnes venues de Varsovie en train étaient sur place, qu'une messe était prévue, et que la retransmission télévisée ne pouvait pas attendre". Pour la suite de l'enquête, on attendra la fin du délai de décence.

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