Kadhafi/Sarkozy : Le Monde flingue la source de Mediapart
Brève

Kadhafi/Sarkozy : Le Monde flingue la source de Mediapart


Il est la source d'une révélation de Mediapart qui avait fait du bruit il y a peu ; il est dézingué par Le Monde. Hier, le quotidien a publié un portrait très critique de Jean-Charles Brisard, "«consultant international» spécialisé dans le terrorisme et l'intelligence économique, basé en Suisse". C'est une note signée de sa main qu'avait utilisée Mediapart le 12 mars, pour se demander si Kadhafi n'avait pas participé au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

La note, non transmise à la justice par Brisard, assurait que lors d'une visite officielle en Libye en 2005, Brice Hortefeux et Ziad Takieddine, marchand d'armes déjà mis en examen dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne Balladur de 1995, auraient arrangé un financement politique de la campagne de Sarkozy par l'ex-dictateur libyen. Depuis, Brisard a écrit à Mediapart pour démentir violemment (mais il avait reconnu auparavant être l'auteur du document cité auprès des journalistes du site).

Rien d'étonnant pour Le Monde, qui estime qu'il "fait partie de ces personnages insaisissables que l'on voit souvent apparaître au détour des dossiers sensibles, sans que l'on sache précisément quels intérêts ils représentent ni quelle fiabilité on peut leur accorder". "Avec Jean-Charles Brisard - qui n'a pas souhaité répondre aux questions du Monde -, démêler le vrai du faux relève de la gageure", relève le journal. Qui cite notamment une autre bizarre rétractation, dont nous avions déjà parlé : en novembre dernier, le JDD avait affirmé, en se basant sur un de ses auditions devant les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières, que Takieddine avait donné de l'argent à Jean-François Copé. Mais Brisard s'était rétracté dans Paris Match, accusant les policiers d'avoir déformé ses propos…


Echanges de coups

Dans le portrait du Monde, Brisard est encore décrit comme peu fiable par son ancien éditeur, qui n'est autre que Guy Birenbaum, et qui a publié en 2002 un livre sur Oussama Ben Laden cosigné par Brisard, La Vérité interdite. "Je reste, après toutes ces années, avec un goût amer en bouche à propos de JCB dont j'ai du mal à saisir la crédibilité, l'identité (enquêteur ou lobbyiste, agent d'influence ou "agent" tout court, etc.) et l'honnêteté intellectuelle", indiquait Birenbaum dans une attestation confiée à l'autre coauteur du livre, Guillaume Dasquié, aujourd'hui rédacteur en chef du site Owni. "J'ai connu quelques tracas pour avoir travaillé avec Jean-Charles Brisard, notamment en tentant de corriger diverses accusations à la légère qu'il lançait dès 2001, et qui relevaient d'une lecture fantasmée de la réalité", balance à son tour le journaliste.

A noter : il y a deux mois, c'était Dasquié qui était assez rudement mis en cause par Mediapart, notamment à partir de déclarations faites par… Brisard devant le juge Marc Trévidic. Il n'est pas interdit de lire l'article du Monde d'hier comme une double réponse du berger à la bergère : le quotidien indique que la source de la récente info retentissante de son concurrent Mediapart n'est pas très crédible ; et Dasquié rend les coups à son ex-collaborateur. Rappelons que Dasquié était accusé par Brisard d'avoir voulu monnayer fort cher des notes des services secrets français. Aujourd'hui, Le Monde indique que devant Trévidic, Brisard lui-même a par ailleurs affirmé travailler pour les services secrets.

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