Joffrin, Twitter, et le tutoiement
Brève

Joffrin, Twitter, et le tutoiement

Décidément, twitter est un lieu d'affrontement impitoyable.

Nous vous parlions de cette passe d'arme à propos de la médiatisation de l'affaire Takieddine. Cette fois-ci, c'est un tweet de Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, qui a suscité une mini-polémique cet été sur le site de micro-blogging. Joffrin, récemment converti à Twitter, en livre son récit aujourd'hui dans un article du Nouvel Obs.

Tout commence le 18 juillet, lorsque Joffrin écrit un tweet à propos du record historique du cours de l'or. "Le cours de l'or atteint un record historique absolu. Signe de début de panique". Il raconte avoir reçu alors un message qui évoque l'émission "Vive la Crise", à laquelle il a participé il y a trente ans. "Présentée par feu Yves Montand, elle est tenue dans certains milieux d’extrême-gauche comme le symbole de la trahison de classe et du renoncement socialiste", explique-t-il. Selon lui, son interlocuteur - qu'il ne nomme pas dans cet article - l'interpelle alors "sur un ton péremptoire, désagréable, assorti d’un tutoiement." A lire Twitter, il s'agit de Franz Peultier, contributeur du site Acrimed. Joffrin lui répond donc :

Ce refus de tutoiement vaut à Joffrin une avalanche de tweets sarcastiques.

"C'est vrai, sortie de son contexte, ma réponse à l'intéressé, a pu dérouter les experts du prêt à penser en 140 caractères", remarque Joffrin. "Avalanche, donc, de rappels à l’ordre. Sur Twitter, on ne parle pas ainsi. Le verdict est tombé avant d'être retweeté par les moutons de garde de ce nouveau temple de la libre expression. J'ignorais qu'un si vaste espace de liberté ne tolérait qu'une forme de langage", déplore-t-il. Il revendique de ne pas "se soumettre à des codes décidés par d'autres, fussent-ils dupliqués à l'infini."

Il renvoie un autre message, quia eu pour conséquence un redoublement des réactions.

"Bizarrement, alors même que les tweets agressifs, voire injurieux, sont légion, cette réponse déclencha un petit scandale numérique", constate Joffrin, qui se pose la question : "Pourquoi faudrait-il passer, dès lors, par les fourches caudines de censeurs auto-proclamés? Ils invoquent "la tradition du réseau", "les règles de Twitter". Quelle est cette mystérieuse législation sur laquelle il faudrait s’aligner?"

D'apparence anodine, cet échange de tweets a même donné lieu à une débat entre "anciens" et "nouveaux" médias. "Certains esprits doctes se sont appuyés sur mon inexpérience – indiscutable – pour disserter avec gravité sur le fossé qui séparerait les médias officiels, forcément ringards, des nouvelles contrées numériques, nécessairement progressistes. Un journaliste comme moi, qui a pignon sur rue, ne supporterait pas, a-t-on dit, d’être interpellé de manière familière par tout un chacun. (...) "Ridicule", répond Joffrin : "j’ai participé à des centaines de débats publics dans toute la France, face à des auditoires, courtois la plupart du temps mais parfois coriaces. Je trouve beaucoup plus facile – et tellement moins enrichissant – de répondre à des tweets que d’argumenter face à un public sceptique, hostile ou simplement méfiant."

Le directeur du Nouvel obs déplore, enfin, l'anonymat de twitter : 'On la revendique aujourd’hui comme une nécessité ou, en tout cas, comme une licence acceptable. Je ne crois pas que cela soit un progrès. Je ne crois pas non plus que ceux qui usent d’invectives envers moi ou envers d’autres, auraient le courage de répéter en face ce qu’ils écrivent cachés derrière leur écran. En tout cas, je demande à voir…"

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