Indignés en lien avec Soros : Reuters en pleine polémique
Brève

Indignés en lien avec Soros : Reuters en pleine polémique

"Qui est derrière les manifestants de Wall Street ?" Sous ce titre, une longue dépêche publiée hier par l'agence Reuters faisait état de "liens financiers indirects" entre le mouvement Occupy Wall Street et le milliardaire George Soros, sans éléments probants. Polémique sur Internet, et au sein même de Reuters.

Rapidement, le titre de Reuters a été modifié, devenant: "Soros ne finance pas les manifestations de Wall Street". Mais le texte n'a pas changé : la dépêche reprend les attaques des conservateurs américains, s'interrogeant sur le financement du mouvement des Indignés, qui s'est étendu dans toute l'Amérique en quatre semaines.

L'agence explique qu'un nom est cité avec insistance: celui de George Soros, 7e fortune mondiale selon la liste publiée chaque année par le magazine Forbes.

Soros est, avec Warren Buffett, l'une des bêtes noires des Républicains : ce financier milliardaire professe ouvertement des idées de gauche. Il finance un grand nombre d'ONG partout dans le monde, et avait appelé l'administration Obama à nationaliser certaines banques lors de la crise financière en 2008.

Tout en signalant que Soros et les manifestants nient toute relation, Reuters signale des "liens financiers indirects" entre Soros et Adbusters, un groupe anticapitaliste canadien qui est souvent présenté comme étant à l'origine du mouvement. La fondation de Soros a versé 3,5 millions de dollars au Tides Center (associé par ailleurs à la Ford Foundation, et à la fondation de Bill Gates). Tides aurait ensuite versé 185 000 dollars à Adbusters entre 2001 et 2010. Lien très ténu. Reuters écrit aussi que Soros et les manifestants partagent certaines idées, sans préciser clairement lesquelles.

La dépêche se conclut avec une citation du "commentateur conservateur Rush Limbaugh", "qui a résumé toutes ces spéculations la semaine dernière en déclarant à l'antenne «L'argent de Georges Soros est derrière tout cela»".

Sur Twitter, Mark Egan, responsable du bureau de New York de l'agence, a signalé la dépêche, dont il est l'un des deux auteurs : "Soros est-il derrière les manifestations Occupy Wall Street ? Nous avons enquêté et voilà ce que nous avons trouvé." Toujours sur le réseau social, Felix Salmon, un autre journaliste de Reuters, présenté comme le "blogueur finance", a réagi, et qualifié la dépêche de "ridicule".


Dans un billet publié sur son blog, Salmon précise : "Dans cette affaire il semble bien qu'il n'y ait aucune connexion entre Soros et Occupy Wall Street." Après avoir signalé que le mouvement a trouvé de l'argent via des contributions individuelles, à travers des sites comme Kickstarter, il écrit : "Nous ne pouvons pas- nous ne devons pas - avoir une réputation de média de droite."

Salmon continue : "Nous devons rendre compte de l'actualité de manière impartiale. Dans cette affaire, il n'y avait pas de sujet, rien à dire. Inventer un lien tenu et intellectuellement malhonnête entre Soros et Occupy Wall Street va peut-être nous apporter des visiteurs depuis le site de Matt Drudge [influent chroniqueur de droite, ndlr], mais ce genre de visites est sans valeur. Et plus important, cela met en cause les principes même de Reuters."

Jay Rosen, un professeur de journalisme reconnu de l'université de New York, réagit, lui aussi sur Twitter : "Sérieusement Reuters ? C'est pathétique et les gens savent que c'est pathétique", écrit-il, en renvoyant à un article publié sur le site du New York magazine, qui s'étonne de cette dépêche publiée par une entreprise revendiquant de rapporter "les faits, pas les rumeurs".
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