in memoriam : richard hamilton, l'autre pape du pop art
Brève

in memoriam : richard hamilton, l'autre pape du pop art

Richard Hamilton, nous apprend le Guardian, est décédé hier mardi 13 septembre 2011 à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.

Qui était Richard Hamilton ? L'inventeur du pop art, tout simplement. Oubliez Warhol et ses Marilyn, oubliez Warhol et ses boîtes de soupes Campbell, oubliez Warhol et New York, Richard Hamilton était là bien avant, et il était grand-breton.

Tout commença avec un collage affiché lors de l'expositionThis is Tomorrow, qui se tint à la Whitechapel Gallery de Londres en 1956. L'image, de format 26 x 25 cm, fut baptisée Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing? (Qu'est-ce qui peut bien rendre nos foyers d'aujourd'hui si différents, si sympathiques ?) :

Just what is it that makes today's homes so different, so appealing? collage de Richard Hamilton, 1956

Examinons l'image en détail :

Le plafond est constitué par le sol de la lune (Spoutnik I sera lancé lancé l'année suivante, le 4 octobre 1957).

A gauche, de l'autre côté de la fenêtre, la façade d'un cinéma affiche The Jazz Singer avec Al Jolson, premier film parlant de l'histoire du cinéma. Réalisé par Alan Crosland, il s'agissait d'une comédie musicale dont la première eut lieu le 6 octobre 1927 à New York.

A l'intérieur de l'appartement, une femme nettoie le haut d'un escalier avec un aspirateur. Une flèche indique que les aspirateurs ordinaires ne vont pas plus loin.

Sur une table basse au fond, une lampe de chevet avec un abat-jour estampillé Ford.

Au mur, une affiche représentant une couverture de pulp (bande dessinée imprimée sur un mauvais papier) : Young Romance - True Love, dessinée par Jack Kirby :


Roy Lichtenstein, artiste pop américain, utilisera beaucoup ce type de bédé qu'il détournera pendant longtemps :

Vicki, plaque de métal émaillé, 1964

A droite, le portrait encadré d'un gentilhomme de l'ère victorienne portant rouflaquettes.

Au-dessous, une télévision montrant une femme qui téléphone.

Devant, une table basse sur laquelle est posé un pâté de jambon de marque Ham.

Un canapé, une femme nue avec des seins en obus qui font penser aux pare-chocs d'une Cadillac Eldorado 1956…

… ou au nez d'une Studebaker Champion 1950 (surnommée Bullet Nose):

Et puis, surtout, un culturiste qui tient une sucette géante Tootsie Roll POP à la manière d'une raquette de tennis ou d'une haltère. La pose de l'homme fait également penser à cette célèbre photo de Lewis Hine :

Power house mechanic working on steam pump par Lewis Hine, 1920

Cela dit, la sucette est dirigée vers la dame qui semble détourner la tête en signe de dénégation. Que refuse-t-elle ? On peut se le demander, et proposer une réponse…


Quoiqu'il semblerait plutôt que chacun soit absorbé par son enveloppe charnelle, et sa capacité de consommation de produits manufacturés.

Entre l'homme et la femme, un magnétophone posé à terre. L'ensemble peut faire penser au couple Arnolfini de Jan van Eyck (Richard Hamilton était féru de peinture classique) :

Le couple Arnolfini par Jan van Eyck, 1434

Il s'agit bien de la même image, à cinq cents vingt-deux ans de distance :
- l'homme à gauche
- la femme à droite avec la main gauche à hauteur de la poitrine
- la fenêtre à gauche
- l'éclairage au centre
- les deux tableaux au centre également sur l'image d'Hamilton, le miroir au centre chez Van Eyck, tableau dans le tableau (l'artiste s'est représenté dans ce minuscule miroir)
- la télévision, à l'écran convexe comme le miroir du XVème siècle
- le lit et le canapé à droite (au XVème siècle, le lit servait communément de canapé dans la journée ; on recevait dans la chambre qui faisait office de salon)
- le petit chien/magnétophone.

En 1434, le banquier italien Michele Arnolfini épousait à Bruges une femme d'un rang inférieur au sien, raison pour laquelle il la tient de la main gauche.

En 1956, un Monsieur Smith adepte de la gonflette brandit une sucette vers sa femme qui se caresse un nichon devant la téloche pendant que la bonniche passe l'aspirateur.

Qu'est-ce qui peut bien rendre nos foyers d'aujourd'hui si différents, si sympathiques ?, se demandait Richard Hamilton en 1956. La question demeure d'actualité.

 

L'occasion de lire ma chronique intitulée Et puis y a le baiser d'Zézette, où il fut notamment question de Roy Lichtenstein.

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