Grèce : Plenel attaque Le Monde
Brève

Grèce : Plenel attaque Le Monde

Il n'y a pas qu'entre dirigeants européens que le débat fait rage sur la situation économique de la Grèce. Le cas oppose aussi le directeur et l'ex-directeur de la rédaction du Monde.

Dans son éditorial paru mardi, l'actuel patron du quotidien, Erik Izraelewicz, enjoint les Grecs à rejoindre les rangs des tenants de la rigueur financière, au risque d'être virés de la zone euro. Assurant que la sortie de la Grèce de la zone euro serait une catastrophe, pour l'UE mais aussi pour les Grecs, Izraelewicz, ancien journaliste économique, martèle  qu'"un énorme effort de solidarité" a été engagé "en faveur de ce petit pays", résumant ainsi les sommes qui ont été déjà versées: "Au total, chaque Grec (ils sont onze millions), le fonctionnaire d'Athènes comme l'armateur du Pirée, a déjà touché depuis janvier 2010 l'équivalent de 31 000 euros, acquittés d'une manière ou d'une autre par les contribuables européens."  


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  Constatant que lors des législatives grecques, les électeurs ont choisi de mettre en avant des partis opposés au plan de rigueur drastique prôné par Bruxelles, le directeur du Monde se fait ensuite menaçant : "Si les Grecs veulent continuer à faire partie du club, ils doivent en accepter le règlement intérieur - et l'appliquer. (…) Il n'est pas admissible qu'un petit pays, par son refus des règles du jeu, puisse continuer à mettre en danger l'ensemble du continent." Et selon lui, les électeurs ont intérêt à bien choisir, lors des nouvelles élections du 17 juin (aucune coalition gouvernementale n'ayant pu être formée, ils sont à nouveau appelés aux urnes) : "Aux Grecs de choisir. En espérant qu'ils feront le bon choix. Sinon, l'Europe devra en tirer les conséquences. Sans état d'âme."

"idiots utiles" et "moutons de Panurge"

Les mots du Monde sont très durs. Si durs qu'ils ont déclenché une réaction indignée d'Edwy Plenel, ancien responsable de la rédaction et fondateur de Mediapart. Dans une longue réponse, il s'en prend aux "idiots utiles" qui choisissent mal leur camp, alors que "c'est en Grèce que se joue l’affrontement des politiques soucieuses de l’humanité et des nouvelles barbaries qui n’en ont cure", affirme-t-il. Il s'offusque de la position du Monde, qui "a ainsi sommé les Grecs de choisir entre l’euro ou la drachme, comme un proviseur lancerait un ultime avertissement à un mauvais élève avant de l’exclure pour indiscipline" : "Cet éditorial du 23 mai est une caricature tant les poncifs y sont accumulés : la Grèce «petit pays», sans que l’on connaisse l’étiage de la grandeur ; l’affirmation que «chaque Grec a déjà touché depuis janvier 2010 l’équivalent de 31 000 euros», imposture statistique qui ne veut rien dire, sinon insinuer le mensonge selon lequel cet argent, «chaque Grec» se le serait mis dans la poche ; le rappel au «règlement intérieur», ces «règles du jeu de l’Union monétaire» qu’il faudrait aveuglément respecter et appliquer, comme si l’Europe elle-même n’avait pas dû les faire évoluer à rebours des engagements de ses traités devant l’inexorable aggravation de la crise…"

Et Plenel frappe sec : "Les peuples peuvent bien s’épuiser à voter jusqu’au dernier scrutin, rien n’y fera pour les moutons de Panurge du capitalisme financier : il faut se débarrasser de ces peuples indociles et imprévisibles, surtout s’ils votent mal, c’est-à-dire s’ils ont l’impudence d’imaginer d’autres solutions que celles qu’on leur a imposées sans jamais leur demander leur avis, voire en le violant quand ils l’ont donné – souvenons-nous de la volte-face des gouvernants français après le référendum de 2005 dont le « non » majoritaire fut ignoré."

Le directeur de Mediapart rappelle notamment que "les mesures imposées à la Grèce par le Mémorandum épargnent l’Eglise orthodoxe, plus grand propriétaire financier du pays, ménagent banquiers et armateurs, malgré leur responsabilité dans les fraudes et évasions fiscales, ou maintiennent des dépenses militaires inconsidérées qui enrichissent les pays européens fournisseurs, parmi lesquels, au premier rang, l’Allemagne et la France"

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