Google Maps ne veut pas froisser l'Inde ou la Chine (Le dessous des cartes)
Brève

Google Maps ne veut pas froisser l'Inde ou la Chine (Le dessous des cartes)

Opportuniste, Google ? Dans une interview à Libération, le créateur de l'émission d'Arte, Le dessous des cartes, Jean-Christophe Victor, affirme que Google Maps ment et s'adapte à la vision géographique de chaque pays, pour ne pas froisser la Chine ou l'Inde.

Liberation, 26/12/2016

Le Dessous des cartes Asie. C'est le nom du dernier livre de Jean-Christophe Victor, créateur et présentateur de l'émission éponyme, diffusée sur Arte depuis 1992, et qui parle de géopolitique en se fondant sur des cartes géographiques.

Dans une interview à Libération, il revient sur les découvertes du livre. "On s’est aperçu que Google Maps mentait. C’est très embêtant parce qu’il est de plus en plus pris comme référence", affirme-t-il. "Pékin édite des cartes d’après la vision de ses frontières avec le Japon ou avec l’Inde. New Delhi, de son côté, produit ses propres cartes. Or, Google Maps a choisi de ne pas prendre la référence internationale, que sont les cartes des Nations unies, et de s’adapter à la vision de chaque partie".

Comment ce choix se traduit-il dans la réalité ? Prenons l'exemple de l'Arunachal Pradesh (comme le faisait Le dessous des cartes en septembre 2016), cet Etat du nord-est de l'Inde situé à la frontière entre l'Inde et la Chine, et qui n'est pas représenté de la même façon sur Google Maps, que l'on soit d'un côté ou de l'autre de la frontière. Sur la version indienne de Google, l'Arunachal Pradesh est, en effet, intégré en totalité au territoire indien :

Mais dans la version chinoise, le même territoire est intégré à la Chine, qui revendique cet Etat comme faisant partie de la région autonome du Tibet :

"Google se dit contraint, dans les États où la firme est présente, de suivre les lois locales sur la représentation des frontières. Car la multinationale pourrait être tenue responsable devant les tribunaux locaux", expliquaient à l'époque les équipes de l'émission sur leur site. Et de fait en Chine et en Inde, la loi interdit de publier des cartes en contradiction avec les représentations nationales des frontières.

Interrogé par Libé, le créateur de l'émission a une autre lecture de la situation : "Google accepte de faire disparaître des territoires entiers pour conquérir des marchés. C'est une profonde malhonnêteté intellectuelle".

Dans la même interview, Victor regrette aussi que les flux numériques ne se traduisent pas en géographie. "On a voulu représenter la couverture mondiale de Facebook. Or, si on peut cartographier les câbles sous-marins par lesquels les données transitent, le réseau de centaines de satellites qui transportent cette information n’est pas transposable. On peut à la rigueur connaître l’émetteur et le récepteur d’un courrier électronique, mais on ne sait pas par où il passe".

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