Free : fichage illégal de salariés en 2009 (Politis)
Brève

Free : fichage illégal de salariés en 2009 (Politis)

"Fichage de salariés, licenciements montés de toutes pièces, répression syndicale, management brutal…" C’est la fête de Free et de sa maison mère Iliad dans le dernier numéro de Politis qui charge l’opérateur et son patron, Xavier Niel. Document à l’appui, l’hebdo révèle l’existence d’un plan dit Marco Polo qui, en 2009, avait listé les salariés indésirables du centre d’appel de Marseille. De son côté, Iliad nie en bloc sans apporter de réponses factuelles.

"On a construit une machine à broyer". L’aveu est signé Giorgio Mariani, ancien responsable des ressources humaines du site marseillais de Free, qui confie à Politis les preuves sur la gestion des salariés dans ce centre d’appel. L’homme est le seul à témoigner sans requérir à l’anonymat. Et son témoignage est précis : un plan secret nommé Marco Polo aurait été lancé en interne dès 2009. Politis explique son dessein : "45 salariés sont fichés par les ressources humaines et progressivement poussées vers la sortie. Il s’agit d’un tableau récapitulant la situation de chacun." On y trouve des notifications pour chaque salarié comme "marié, 50 ans, 3 enfants. Risque CPH [cour des prud’hommes] fort et très onéreux à voir pour transac" ou encore, comme en témoigne le listing publié par l'hebdo, "dossier vide à construire". Un fichage illégal, notamment au regard des droits et obligations des employeurs en matière d’évaluation de leurs salariés résumés par la Cnil (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés).

Le listing du plan Marco Polo

Parmi ces "dossiers à construire", celui de Frédéric qui découvre ce plan alors qu’il est interrogé, sept ans plus tard, par Politis : "ce salarié va subir plusieurs changements de bureau (entre 2 et 4) pour finir à côté de la «salle de cantine» séparé du reste de l’équipe. Sa direction le submerge de missions contradictoires". Lorsque le salarié se plaint, "son responsable lui écrit qu'il lui décèle une forme de paranoïa. Au bout de quelques mois, le salarié craque, tombe en dépression peu avant d’être licencié pour insuffisance professionnelle". Mariani confie avoir dû "renvoyer une ingénieure qui n’avait rien à se reprocher. On l’a broyée psychologiquement". Le responsable RH finit par vendre la mèche à la CFDT qui évoque ce fichier lors d’un comité d’entreprise. La direction nie et, selon Politis, l’affaire ne va pas plus loin. Mariani est licencié.

But de la manœuvre selon l’hebdo : échapper à un plan social (PSE) bien plus coûteux que les indemnités à verser à l’issue du passage aux prud’hommes, comme en témoigne un autre tableau publié par Politis et qui chiffre précisément les coûts. Exemple : "pour un responsable plateau, il en aurait coûté, selon les calculs du groupe, 123 000 euros dans le cadre d’un PSE et seulement 48 500 aux prud’hommes". Le reste des sept pages du dossier est à l’avenant : les conditions de travail déplorables, le rôle de la toute puissante directrice des centres d'appel Angélique Gérard... Ce dossier se conclut par la réaction du groupe – sollicité à deux reprises en mai – qui "conteste fermement les propos et les faits et menace d’une action en justice".

Contacté par @si – mais aussi par l’AFP – le service de presse de Free s’en tient à cette position. Mais une source interne est plus loquace : "cette histoire de listing date de 2009 et le responsable RH de Marseille a quitté l’entreprise depuis 7 ans. De plus, le groupe a investi 4 millions d’euros sur le centre de Marseille qui est loin d’être fermé et qui recrute toujours. Pourquoi l’histoire sort-elle maintenant ?" Cela dit, le groupe Iliad se refuse à une réplique factuelle point par point et préfère, pour l’instant, rester aux abonnés absents malgré les reprises dans la presse, de Rue89 (qui appartient au groupe Le Monde, dont Niel est actionnaire à titre personnel) à RTL.

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