Fin de vie, Europe et populisme (s)
Brève

Fin de vie, Europe et populisme (s)

C'est une chose entendue : le populisme, c'est sale, c'est mal. Mais qu'est-ce exactement, le populisme ?

Pour avoir, sur le plateau de notre dernière émission, semblé assimiler référendum et populisme, la dirigeante PS Juliette Méadel s'est quasiment fait lyncher -par nos autres invités d'abord, et ensuite dans le forum de l'émission. Mais écoutons ce que disait exactement Méadel : "soumettre le prochain traité (européen, NDR) à un référendum, c'est vraiment rentrer dans un système (...) qui va favoriser un réflexe populiste". Et de développer une distinction entre sujets techniques, qui doivent être débattus par les parlements et tranchés par les gouvernements, et sujets "simples", qui peuvent, eux, être soumis à référendum. Cette distinction se discute certes (la plupart des sujets apparemment simples se révélant malheureusement souvent fort complexes). Mais ce n'est pas exactement la même chose, que d'assimiler purement et simplement référendum et populisme. D'ailleurs, que diraient les partisans du référendum d'initiative populaire, d'un système qui aurait permis l'organisation de référendums sur la peine de mort, ou, récemment, sur le mariage pour tous ?

Simplicité, complexité. La fin de vie, par exemple, dont on débat ces jours-ci sur toutes les antennes. Sujet simple ("yaka écouter l'avis du patient") ? Sujet complexe ? Le pouvoir politique, pour la première fois, a choisi de s'en remettre à un panel de sondés, pardon, à une "conférence citoyenne" de vingt personnes, désignées par l'IFOP. Pas de caméras, pas de journalistes, pas de débats publics : après s'être réunie quatre week-ends de suite, après avoir entendu des experts désignés par le Comité National d'Ethique (et d'autres de leur propre choix), la "conférence citoyenne" a préconisé de permettre aux patients en fin de vie, ou atteints d'une maladie grave et irréversible, le suicide médicalement assisté. S'agissant des malades incapables d'exprimer une volonté, les citoyens, s'ils ont refusé d'ouvrir un droit général à l'euthanasie, préconisent une "exception d'euthanasie". Cet avis tranche radicalement avec la plupart des avis jusqu'ici émis par "les experts", et autres "Sages" (est-ce d'ailleurs un hasard, si cet avis "citoyen" retire du pouvoir au médecin, au juge et au législateur, pour le transérer...aux citoyens ?)

Et les médias ? Ils se tâtent. Tout cela est si nouveau. Par réflexe, ils sont favorables à tout ce qui est "citoyen". Mais ne détesteraient peut-être pas trouver un brin de populisme dans une idée de Hollande. Si seulement Ayrault pouvait être contre, on se retrouverait en terrain connu ! Bref, ils attendent les sondages (il serait cocasse que le premier sondage de l'IFOP contredise l'avis du panel IFOP). Et dans l'immédiat, votent avec leurs invitations. Ainsi, on a vu partout, depuis ce début de semaine, une élue verte du Nord, Sandrine Rousseau, qui, dans un beau texte, raconte sur son blog l'horreur du suicide de sa mère, atteinte d'un cancer en phase terminale, avec assistance familiale, mais sans assistance médicale. Elle était lundi soir sur le plateau du Grand journal. On n'avait jamais vu Aphatie écouter une écolo avec autant d'attention, sans (presque) jamais l'interrompre, accordant à l'émouvant témoignage de la fille le respect qu'il refuse à la parole forcément biaisée des élus.

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