Faire une croix sur Tàpies
D'abord influencé par Joan Miró et Paul Klee, cet artiste catalan devint, dès la fin des années 40, un adepte de la pintura matérica (le matiérisme, branche de ce qu'on appelle l'art informel dont le représentant français le plus illustre est certainement Jean Fautrier).
Creu i R par Antoni Tàpies, 1975
Les oeuvres de Tàpies sont composées de matériaux "vulgaires" qui avant lui n'avaient jamais été employés de cette manière dans la peinturlure : terre, ciment, ficelle, sable, goudron, morceaux de bois, etc.
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Ses toiles, qui sont le plus souvent dans des gammes d'ocres, de rouges bruns ou de noir et de blanc, ont donc de l'épaisseur : le sable, la terre ou encore de la pierre pilée, sont mélangés à un liant (peinture, colle, etc.) et cette matière encore humide peut ensuite être grattée, griffée, incisée, partiellement recouverte par une autre. On trouve aussi assez fréquemment, chez Tàpies, des signes graphiques obsédants tel celui de la croix. L'oeuvre du catalan doit absolument se voir "en vrai" dans les musées, les reproductions photographiques étant totalement impuissantes à transmettre l'émotion que dégagent ses toiles en trois dimensions. Il faut se confronter à elles, les prendre en plein plexus, et renoncer à toute tentative d'analyse intellectuelle. Car "ce qui importe plutôt, disait Tàpies, c'est que le spectateur suive l'impulsion qui, plus ou moins clairement pour lui, met son esprit en vibration. L'art agit sur notre sensibilité ordinaire, et non pas exclusivement sur notre entendement." La presse espagnole a bien sûr salué aujourd'hui la disparition du peintre et sculpteur. "Tàpies, adieu au grand rénovateur de l'art espagnol", titre le quotidien ABC, qui reproduit sa signature en Une. |
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