En Allemagne, un célèbre journaliste "oublie" ses impôts
Brève

En Allemagne, un célèbre journaliste "oublie" ses impôts

En Allemagne, décidément, les médias sont biens secoués. Après le scandale de "la voiture préférée des Allemands" et du magazine spécialisé Motorwelt (voir notre vite-dit sur le sujet), une affaire de fraude fiscale touchant l'un des journalistes les plus prestigieux du pays égratigne la crédibilité des médias.

Theo Sommer n'a pas le profil d'un jeune délinquant. A 83 ans cet ex-directeur du très sérieux hebdomadaire Die Zeit, où il a passé 55 ans, ancien collaborateur d'Helmutt Schmidt alors ministre de la défense (1969-1970), ancien président de l'aide alimentaire mondiale, détenteur de l'ordre du mérite fédéral de première classe et du prestigieux prix du journalisme Theodor Wolff (l'équivalent allemand du prix Albert Londres), est particulièrement connu dans le monde politique et médiatique pour ses analyses géopolitiques. Le 14 Janvier dernier, il racontait encore, à l'occasion de la mort de l'ex-premier ministre israélien Ariel Sharon, comment celui-ci lors de deux rencontres l'avait à la fois impressionné et effrayé.

Quelques jours plus tard, l'Hamburger Abendblatt, journal régional d'Hamburg, où le journaliste réside et où se trouve la rédaction de la Zeit, révèlait qu'il était convoqué au tribunal pour être jugé pour un impayé au fisc allemand de 649 000 euros. Cette somme correspondrait à des rémunérations liées à des "activités parallèles en indépendant" et notamment à des contributions régulières dans le journal mensuel allemand en langue anglaise The Atlantic Times.

Theo Sommer au tribunal sur le site du Spiegel

Devant le juge, Sommer a reconnu sa culpabilité et a fait valoir qu'il avait remboursé la somme dès qu'il avait été informé de la procédure. Malgré tout, il a écopé de 20 000 euros d'amendes et d'une peine d'emprisonnement avec sursis d'un an et sept mois.

Devant les journalistes, il se défend d'être un fraudeur fiscal: "Je n'ai jamais spéculé, jamais eu de compte à l'étranger et n'ai jamais dissimulé d'argent", a-t-il déclaré au Hamburger Abendblatt. "Par étourderie ou je-m'en-foutisme, j'ai omis pendant plusieurs années de déclarer une unique source de revenus." Bien que très occupé par ses multiples chroniques dans différents journaux et l'écriture de cinq livres, sa défense paraît un peu légère à certains de ses confrères.

En particulier l'histoire a fait grincer des dents la chroniqueuse et journaliste indépendante Silke Burmester qui moque sur le site du Spiegel le manque de "responsabilité" de celui-la même qui exhortait dans une conférence en 2006 les grandes entreprises à plus de responsabilité vis-à-vis des conséquences sociales de leurs actes. De même, Sommer considérait que les dirigeants de ces compagnies pourraient mettre autant d'énergie à payer leurs impôts qu'à réclamer l'aide de la chancellerie pour s'implanter dans le marché chinois ou indien...

Silke Burmester tâcle Theo Sommer dans la TAZ
Mais outre cette remise en cause de la crédibilité d'une des voix importantes de l'intelligentsia allemande, la journaliste souligne une autre réalité soulevée par cette affaire: celle de l'inégale rémunération des journalistes. Ainsi, elle se demande dans la Tageszeitung quelle est l'ampleur véritable de cette "unique source de revenu" pour qu'elle puisse en cinq ans occasionner une dette au fisc de presque un demi million d'euros... A quoi correspond alors l'ensemble des revenus que lui confèrent ses multiples casquettes ? Sans oublier sa "petite" retraite de directeur de journal... "Si jamais la somme que je touche par mois trainait sur le sol, M. Sommer ne se baisserait même pas pour la ramasser" conclut la journaliste. Selon la Zeit, qui a relayé l'information après le procès et les regrets de Théo Sommer d'avoir déçu ses lecteurs, il aurait payé sa dette grâce à la vente d'une maison sur l'île allemande de Sylt.

Par Antoine Tricot

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