Christ sacrilège : Caravage, déjà...
Brève

Christ sacrilège : Caravage, déjà...

Article du Monde.fr du 27 octobre 2011
Photo © AFP/Anne-Christine Poujoulat

Cette pièce de Romeo Castellucci, intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu et actuellement présentée au Théâtre de la Ville à Paris, a pour décor en arrière-plan un immense portrait de Christ. Il s'agit là d'un détail d'un tableau réalisé par l'Italien Antonello de Messine, que voici dans son entier :

Salvator Mundi par Antonello de Messine, vers 1465-1470
Huile sur bois, 39 x 30 cm, National Gallery, Londres

Un portrait du Christ de face qui s'inspire des icônes byzantines, telle celle-ci datée du VIe siècle :

Christ Pantocrator (Christ en majesté), anonyme, VIe siècle
Peinture à l'encaustique, monastère de Sainte-Catherine, Égypte

Ce n'est pas une exception, la chose était très courante au XVe siècle :

Triptyque Braque par Rogier vans der Weyden, vers 1450
Huile sur bois, 41 x 68 cm (panneau central), 41 x 34 cm (chacun des volets)

On remarquera la main droite savamment travaillée du Christ d'Antonello…

… qui semble surgir du panneau de bois pour s'approcher vers nous. Cet effet de trompe-l'oeil n'était pas très répandu à l'époque. On le retrouvera quelques années plus tard sur ce Christ de Memling, probable copie de celui d'Antonello :

Christ bénissant par Hans Memling, 1481
Huile sur bois, 34,8 x 26,2 cm
Museum of Fine Arts, Boston

Et plus tard encore, sur le Souper à Emmaüs du Caravage. La main droite du Christ s'avance en un geste bénissant, certes, mais on remarquera surtout la  gauche du type de droite qui sort quasiment de la toile :

Souper à Emmaüs par Le Caravage, 1601
Huile sur toile, 41 x 196 cm
National Gallery, Londres

Le réalisme de la toile du Caravage qui fit poser des gens pris dans la rue pour incarner les pèlerins et l'aubergiste, qui peignit un Christ imberbe et une nature morte très détaillée, déplut fortement au clergé de l'époque.
Étonnant, non ?


L'occasion de lire ma chronique intitulée L'intericonicité pour les nuls, où il est question d'Antonello et de quelques autres illustres barbouilleurs.

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