Castings douteux : pugilat judiciaire Morandini-Fogiel
Brève

Castings douteux : pugilat judiciaire Morandini-Fogiel

"Ce maître-chanteur, je vais vous donner son nom : c'est Marc-Olivier Fogiel". Le ton était dramatique mardi 19 juillet, lors de la "déclaration" de l'animateur et producteur Jean-Marc Morandini à la presse. Accusé d'avoir incité de jeunes acteurs à envoyer des photos et vidéos d'eux nus ou en train de se masturber, Morandini (Europe 1) a répondu en annonçant son intention de porter plainte pour "chantage" contre un autre animateur, Marc-Olivier Fogiel (RTL), qui voudrait son "assassinat public". Ce dernier a lui aussi indiqué qu'il allait porter plainte pour "dénonciation calomnieuse".

Une quarantaine de journalistes étaient venus assister à la "déclaration" de Jean-Marc Morandini, dans la salle de conférences d'un hôtel de Boulogne-Billancourt (déclaration et non conférence de presse, car l'animateur est venu lire un texte mais n'a pas répondu aux questions des journalistes). Le Parisien est allé jusqu'à retransmettre l'événement en direct via Periscope. Des dizaines de journalistes, mais personne des Inrocks, dont la journaliste a été empêchée d'accéder à la salle. Ce sont les Inrocks qui, la semaine passée, ont publié une enquête accusant l'animateur d'avoir poussé, via sa société de production, de jeunes comédiens (et, dans un cas, le frère mineur de l'un d'eux) à lui envoyer des photos et vidéos dénudées.

En costume sombre et chemise sombre, protégé par un agent de sécurité, l'animateur et producteur a démenti avoir eu des relations sexuelles non consenties et/ou avec des mineurs : "Je vais vous le dire clairement, même si ça me dégoute de devoir me justifier et d'avoir l'impression qu'on piétine ma vie privée. Je n’ai jamais abusé de personne ou forcé quiconque à avoir des relations sexuelles avec moi. Et je vous le dis clairement, puisque vous l’attendez : je n'ai jamais couché avec un mineur."

Image de la "déclaration de presse", tirée du direct du Parisien

Ce n'est pas exactement ce dont l'accusent les témoignages recueillis par les Inrocks, qui décrivent plutôt des faits pouvant s'apparenter à du harcèlement sexuel, commis via une boîte mail dont l'utilisateur principal pourrait être Jean-Marc Morandini. Mais ce dernier n'a pas répondu aux questions soulevées par l'article de l'hebdomadaire - qui est cette mystérieuse "Catherine", auteure de nombreux mails à caractère sexuel ? A-t-il ou elle effectivement proposé à l'un des candidats de venir au casting avec son frère de 14 ans ? A-t-il ou elle effectivement proposé à un autre d'avoir une relation sexuelle avec Jean-Marc Morandini ?

"Depuis deux mois, je suis victime d'un chantage"

Morandini a simplement indiqué qu'aucun casting ne s'était déroulé dans ses bureaux d'Europe 1 - Les Inrocks écrivaient qu'il avait rencontré l'un des acteurs, à qui il a demandé de poser nu, dans les locaux de la radio en juillet 2015. Pour le reste, l'animateur a préféré placer l'affaire sur le terrain du règlement de comptes personnel. "La vérité, c'est que depuis deux mois je suis victime d'un chantage, qui m'est fait par un animateur télé. Un animateur, qui m'a dit : «tu arrêtes de parler de mes mauvaises audiences, ou je balance des dossiers». Comme je n'ai pas cédé, il a mis ses menaces à exécution." Morandini a livré le nom de cet animateur - non sans avoir ménagé un certain suspense : "Ce maître-chanteur, je vais vous donner son nom, parce que je n'ai plus envie de rire : c'est Marc-Olivier Fogiel".

"La prochaine fois que tu me cherches, je balance..."

Morandini (dont la radio, Europe 1, est concurrente directe de RTL, où officie Fogiel) a lu certains des messages reçus de Fogiel, dont celui-ci : "La prochaine fois que tu me cherches, je balance tous les dossiers, c'est clair" (message que Morandini a fait relever par constat d'huissier, et qui figure dans une mise en demeure envoyée à Fogiel le 14 avril 2016). Interrogé la semaine dernière par @si sur des tweets laissant penser qu'il était au courant des méthodes de casting de Morandini, Fogiel avait indiqué : "Je n'imaginais pas une seconde ce que révèlent aujourd'hui Les Inrocks. Quand je bossais à Europe 1, des tonnes de rumeurs circulaient, mais personne ne savait si elles étaient vraiment fondées... Après son "harcèlement" incessant sur son blog, un peu sur un ton léger je l'ai grattouillé, sans penser qu'il y avait tout ça derrière !".

Le producteur des Faucons a ensuite détaillé comment Fogiel aurait "mobilisé ses nombreux réseaux" pour le salir : "Tout tourne autour de lui dans cette affaire". Pour l'animateur, ce n'est ainsi "pas un hasard" si l'article l'accusant est paru dans les Inrocks : un "journal appart[enant] à Mathieu Pigasse, qui n’est autre que l’associé de Marc-Olivier Fogiel" a-t-il relevé, faisant référence au travail de Fogiel au sein des Nouvelles éditions indépendantes de Pigasse. "Pas un hasard" non plus si le site Les Jours a été le premier à évoquer les réticences d'une partie de la rédaction d'i-TELE à l'idée que Morandini vienne travailler sur la chaîne : Fogiel et Pigasse figurent parmi leurs actionnaires. Les Jours, premiers sur l'info Morandini car manipulés par leur actionnaire, Fogiel ? Notons simplement que la rédaction de ce site suit de très près, depuis sa création, tout ce qui touche au groupe Canal+.


Dernier "réseau" que Morandini accuse Fogiel d'avoir "activé" : celui de "son ex-amant", le chroniqueur de l'émission Touche pas à mon poste Matthieu Delormeau (qui aurait "appelé plusieurs personnes pour les pousser à témoigner" contre Morandini) - accusation paradoxale de la part de l'animateur, qui s'est targué dans la même déclaration de "ne s'être jamais servi" des informations dont il avait connaissance sur "la vie privée des animateurs et journalistes".

Morandini a indiqué qu'il comptait porter plainte contre Les Inrocks, la journaliste Fanny Marlier, Marc-Olivier Fogiel (pour chantage) et Matthieu Delormeau. Peu après la fin de la déclaration de Morandini, Fogiel a indiqué à son tour qu'il porterait plainte également, pour "dénonciation calomnieuse" et "diffamation".

En début de soirée enfin, Les Inrocks ont publié le deuxième volet de leur enquête sur Morandini. La journaliste Fanny Marlier y relate le témoignage d'un jeune homme, âgé de 15 ans au moment des faits (en 2012, soit trois ans avant l'affaire des "Faucons"), à qui l'animateur aurait notamment proposé via sa messagerie privée Twitter de "participer à un casting pour un calendrier comme celui des Dieux du stade" et de se faire épiler le sexe.

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