Brésil : deux images de l'incarcération de Lula
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Brésil : deux images de l'incarcération de Lula

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L'ex-président brésilien Lula a finalement été incarcéré. Mais les images de ses très nombreux partisans l'encadrant montrent la très grande popularité dont il continue de bénéficier.

Ce sont deux images opposées de la même journée du samedi 7 avril durant laquelle l'ex-président brésilien Luiz Inacio "Lula" da Silva s'est rendu à la police pour purger sa peine de 12 ans de prison pour corruption. Dans l'une, massivement choisie par les médias ce matin du 9 avril pour illustrer la décadence de l'ancien chef de l'Etat, Lula est seul, encadré par la police, dans l'obscurité.

L'autre, prise quelques heures plus tôt en plein jour, et également présente dans les médias français, le montre entouré d'une foule immense et colorée de ses soutiens, l'empêchant de se rendre à la police.

Deux images à l'opposé l'une de l'autre, qui racontent pourtant la même journée. La scène se déroule samedi 7 avril. Alors que l'ex-président, condamné pour corruption, avait d'abord refusé de se livrer à la police vendredi, malgré un mandat de dépôt le visant, il a finalement annoncé qu'il se rendrait. "Je ne suis pas caché. Je vais y aller, pour qu'ils sachent que je n'ai pas peur", a-t-il déclamé à ses partisans au cours d'un discours de plus d'une heure, devant le syndicat des métallos de Sao Bernardo do Campo à Sao Paulo, lieu symbolique où il avait débuté son parcours politique en organisant une grève historique sous la dictature. "Je ne courbe pas l'échine. Je marche la tête haute et je vais partir d'ici en bombant le torse", a-t-il affirmé. Mais ses soutiens l'ont retenu, l'entourant pendant plus d'une heure, pour tenter d'empêcher son incarcération.

Un "coup d'Etat"

L'ancien chef de l'Etat a été condamné en deuxième instance à 12 ans de prison pour corruption, dans le cadre du scandale Petrobas, du nom d'un groupe pétrolier public. Un appartement de trois étages en bord de mer aurait notamment été offert à Lula et son épouse Marisa par le groupe de bâtiments et travaux publics OAS, en échange de faveurs dans l'attribution d'un contrat avec Petrobas. Un versement a bel et bien été effectué par le couple en 2005 pour l'achat d'un appartement dans l'immeuble concerné, ce qui masquerait selon l'accusation l'acquisition d'un appartement plus luxueux. Dix ans plus tard, Lula et Marisa ont renoncé à cet achat, et l'appartement est toujours resté au nom d'OAS. Mais selon l'ancien président de la société, Leo Pinheiro, condamné à 16 ans de prison dans le cadre du scandale Petrobras, ils étaient bien les destinataires du bien, même s'ils n'en ont jamais été propriétaires.  En échange de cette révélation, Pinheiro a bénéficié d'une réduction de peine, une transaction exploitée par les défenseurs de Lula pour décrédibiliser l'aveu de Pinheiro.

C'est sur cette base, et en l'absence de toute preuve matérielle, que Lula a été condamné en première instance à 9 ans et demi de prison pour corruption passive et blanchiment d'argent par le juge Sergio Moro spécialisé dans la lutte contre la corruption,  qui a mené l'opération "Lava Jato" (lavage express). La peine de l'ex-président a été alourdie en appel à 12 ans et un mois de prison. 

Après la destitution en 2016 de l'ex-présidente Dilma Roussef, également dirigeante du Parti des Travailleurs, cette incarcération représente un "coup d'Etat" pour ses partisans, qui estiment que le juge s'est particulièrement acharné sur Lula et son parti, le PT (parti des travailleurs), laissant en liberté des figures de la droite pourtant également poursuivies. Lula est toujours candidat à la présidentielle qui aura lieu en octobre, et crédité dans les sondages de 20 points d'avance sur le candidat suivant. 

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