Agence du médicament / enquête : Le Figaro et Mediapart dénoncent des pressions
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Agence du médicament / enquête : Le Figaro et Mediapart dénoncent des pressions

Les pressions de l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pointées du doigt par le Figaro et Mediapart

. Dans un communiqué commun publié le 14 novembre, les Sociétés des journalistes (SDJ) du quotidien et du pure player dénoncent une lettre envoyée par le directeur général de l'agence Dominique Martin aux directions des rédactions. Il y exige que les deux médias cessent "de citer nommément les agents de l'ANSM" dans l'affaire de l'essai clinique de Rennes.

Depuis janvier, le Figaro et Mediapart traitent en effet du scandale de cet essai clinique d'une nouvelle molécule inhibitrice (le Bia 10-2474) qui aurait dû servir d'antalgique, dans lequel un patient sain est mort le 17 janvier dernier, tandis que cinq autres étaient hospitalisés. L'enquête menée par les journalistes du Figaro a révélé entre autres un rapport confidentiel de l'ANSM "accablant" pour l'agence elle-même, qui aurait autorisé la tenue de l'essai en ignorant une "alerte" lancée par "l'évaluateur non-clinique" de l'agence. De son côté, Mediapart dénonçait "le mensonge d’État" sur cette affaire. Dans leurs articles, les deux médias évoquent le nom de salariés de l'ANSM en lien avec cette affaire.

Communiqué commun des SDJ du Figaro et de Mediapart, 14 novembre 2016

Ce sont ces noms que l'agence du médicament veut voir disparaître : elle exige non seulement que les personnes citées ne le soient plus à l'avenir, mais également que le Figaro et Mediapart "retire[nt] les noms figurant dans [leurs] précédents articles sur [leur] site", peut-on lire dans la lettre qu'@si s'est procurée. L'ANSM justifie sa demande par le fait que les agents cités par le Figaro et Mediapart ne sont "pas mis en cause par l'enquête judiciaire en cours" (une information judiciaire pour homicide involontaire et blessures involontaires est en cours). Une demande que les deux SDJ refusent catégoriquement: "Retirer les noms de personnes citées dans des articles déjà publiés, tout comme s'interdire de les nommer à l'avenir, est contraire à notre métier, celui d'informer. Et cela, d'autant plus que ces personnes ont été parties prenantes dans la chaîne de décision qui a conduit à l'accident mortel."

En parallèle, une des personnes mentionnées par le Figaro et Mediapart qui travaille à l'ANSM comme "évaluatrice non-clinique", Farida Ouadi, a envoyé une mise en demeure aux deux rédactions, exigeant qu'on ne la cite plus dans les futurs articles sur l'affaire. Contactée par @si, la journaliste et membre de la SDJ au Figaro Anne Jouan assure qu'une telle démarche est inédite : "Demander la suppression de noms dans des papiers déjà mis en ligne, nous n'avons jamais eu ce genre de demande, même en six ans d'enquête sur le Mediator". Pour rappel, dans l'enquête sur le Mediator. l’État avait été reconnu responsable par inaction des "fautes commises" par l'ANSM dans le cas d'une patiente.

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