ZAD : "Maintenant, des magazines de design viennent nous voir"

Arrêt sur images

Notre-Dame-des-Landes : après la victoire de l'utopie.

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Il n'y aura pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Après cette victoire historique, retour sur les "zadistes" : loin de leur image médiatique, qui sont-ils vraiment ? Quel est le sens de leur engagement ? Cette victoire peut-elle servir de modèle ailleurs ? Pour en parler sur notre plateau : Hervé Kempf, rédacteur en chef du quotidien de l'écologie en ligne Reporterre, Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'environnement, Véronique Escolano journaliste pour Ouest-France, et Camille, habitante de la ZAD.

construction médiatique de la zad

Après l'annonce par le Premier ministre Edouard Philippe de l'abandon du projet, on a beaucoup entendu les partisans de l'aéroport s'exprimer, et / ou regretter le manque d'autorité de l'Etat. Hervé Kempf analyse le rapport des médias à la lutte de Notre-Dame-des-Landes comme un premier temps d'indifférence, puis un suivi très épisodique, et enfin, un réveil de l'intérêt au moment des opérations policières. Pour lui, ces dernières semaines, il y a eu une vraie "faillite du journalisme", avec le "relais, sans aucune vérification, de sources policières", et un "parti-pris très autoritaire." Camille a constaté un changement de la couverture médiatique après 2012, avec un vrai intérêt et une volonté de découverte du terrain par certains journalistes. Pour Véronique Escolano, "la ZAD s'est aussi ouverte", et les journalistes ont aussi rendu compte de ce qui s'y passait.

Une image négative de la ZAD a été propagée dans les médias, notamment récemment en présentant les zadistes comme armés et dangereux, comme nous vous en parlions. C'était le cas au 20 heures de TF1, à C dans l'air, sur BFM TV ou LCI. Pour Camille, ces accusations sont absurdes, et visent à diviser le mouvement "entre les gentils et les méchants." Escolano abonde : "c'est du fantasme effectivement". Pour les reporters sur place, certains endroits sont pourtant plus difficiles d'accès. Kempf rappelle qu'il s'agit de lieux de vie, et que certaines personnes ne veulent pas recevoir de journalistes. Une hostilité qui s'explique, pour Camille, par une couverture médiatique négative. "Il n'y a pas qu'à Notre-Dame-des-Landes qu'il y a des gens qui n'ont pas envie de répondre aux questions des journalistes."

Mais au fait, c'est comment, la ZAD ?

Retour sur une autre lutte à laquelle on a beaucoup comparé celle de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : celle du plateau du Larzac, symbolique des années 1970, où paysans et militant.e.s luttaient contre l'extension d'un camp militaire. Dans un reportage de France 3 en 2003, un paysan expliquait le succès de la lutte par la non-violence. Sur la ZAD, cette question semble moins structurante. Kempf rappelle que la violence vient de l'Etat, notamment en 2012 lors de l'opération César qui visait à l'évacuation et qui s'est soldée par un échec. Le recours à la violence a été débattu ensuite au sein des "zadistes". Kempf souligne que contrairement au Larzac, il ne restait presque plus d'agriculteurs sur la zone à Notre-Dame-des-Landes suite aux expropriations. En 1972, l'ORTF laissait longuement la parole au ministre de la Défense Michel Debré pour expliquer son projet, avec des arguments très proches de ceux mobilisés par les partisans de l'aéroport.

Mais les médias ont aussi présenté une autre facette des zadistes, plus bienveillante, comme nous vous le racontions. C'était le cas à C dans l'air sur France 5, C News, ou encore au 20 heures de TF1, qui montre les activités agricoles et artisanales sur la ZAD. Kempf explique que l'occupation ayant duré dix ans, la ZAD a beaucoup évolué, surtout depuis 2012, avec l'aménagement de maisons, le développement de l'agriculture. Camille note que "l'intérêt médiatique s'est élargi", avec des magazines de design, ou d'architecture qui viennent voir ce qui s'y passe. "Tout le monde s'intéresse à ce qui se passe ici, parce que ça cristallise une soif d'autres horizons." Kerckhove souligne que "pendant 10 ans s'est créée une contre-société" avec une "pluralité d'expériences".

Parmi les figures mobilisées dans les médias, celle du boulanger revient régulièrement, notamment dans un documentaire de 2015, Le dernier continent. Escolano explique que la boulangerie de la ZAD fait partie des endroits où les journalistes sont invités, un lieu "symbolique de cette vie qui s'organise." Très qualifiés, en reconversion, ou sans diplôme, Camille insiste sur la diversité des profils des personnes qui vivent sur la ZAD.

Quel avenir ?

Maintenant que le projet d'aéroport est abandonné, que vont devenir les terres ? Pour Kempf, le gouvernement semble assez ouvert à la discussion. Escolano rappelle l'opposition de la Chambre d'agriculture et de la FNSEA : "ce sont deux visions de l'agriculture qui sont différentes." Pourquoi FNSEA et Chambre d'agriculture s'en mêlent-ils ? Car cela créerait un précédent, explique Kerckhove. Jusqu'ici, c'est la Safer, la société d'aménagement foncier et d'établissement rural dominée par les élus locaux et la FNSEA, qui gère ces questions. Or, si on décide de faire autrement à Notre-Dame-des-Landes, cela contourne cette organisation.

Qu'en est-il des "autres ZAD" ? Des dizaines de projets d'aménagement sont contestés en France. A Bure dans la Meuse, des personnes sont mobilisées contre la création d'un site d'enfouissement profond de déchets nucléaires. A Roybon dans l'Isère, c'est contre la construction d'un Center Parcs que la mobilisation s'organise, comme le montrait un numéro Hors-série de Complément d'enquête en juillet 2017. Pour Camille, la lutte de Notre-Dame-des-Landes n'est pas transposable. "Il y a des leçons à tirer, des inspirations à prendre", mais ce n'est "pas un modèle à aller répliquer ailleurs." Kempf insiste sur l'alliance entre différentes composantes qui fait la force de ce type de mouvement. Pour Kerckhove, "il n'y a pas de modèle unique."

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