"Youporn, c'est le Monsanto du porno !" [Avent2020]

Arrêt sur images

Un alter-porno est-il possible ? Ovidie répond

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Pudeur mal placée ? En douze ans, nous n'avons consacré au porno que quelques très rares émissions. Et pourtant, s'il existe des images de très grande diffusion, sur lesquelles il est urgent de réfléchir, compte tenu de leur influence sur les comportements, ce sont bien les vidéos porno dont regorgent aujourd'hui de multiples pateformes. Mais comment s'arrêter sur des scènes porno...sans les diffuser ? Nous tentons l'exercice dans cette émission de 2015.

Le porno en ligne, gratuit et abondant, exerce-t-il une véritable dictature sur les comportements et les représentations sexuelles ? Doit-on au porno en ligne la fellation quasi-obligatoire dès le collège ou encore l'épilation du maillot totale pour les femmes ? Un autre porno est-il possible ? Telles sont quelques-unes des questions posées par le documentaire diffusé cette semaine sur France 2, intitulé <em>A quoi rêvent les jeunes filles</em>. Avec nous pour en parler : Ovidie, auteure de ce documentaire, ancienne actrice porno, écrivain et réalisatrice; Clarence Edgard-Rosa, journaliste à <em>Causette</em> et blogueuse pour <em>Poulet Rotique</em> et Ariane Picoche, journaliste au <em>Tag Parfait</em>. <br></span>

Le making-of de l'émission, par Robin Andraca

Cette semaine, j'ai regardé du porno avec Daniel Schneidermann. Ce n'est pas une blague, c'est même très sérieux.

Tout a commencé le 19 juin avec la diffusion sur Youtube en avant-première du documentaire d'Ovidie, À quoi rêvent les jeunes filles, où l'ancienne actrice de films X, désormais réalisatrice, scénariste et écrivain, s'interroge : sur le porno, sur l'impact de ces images, accessibles à tous et à toutes depuis l'avènement des "tubes" sur Internet. Et le documentaire, diffusé quatre jours plus tard sur France 2, de poser la question : un autre porno, plus éthique, plus féministe, est-il possible ?

Ariane Picoche (rédactrice sur le site Le Tag Parfait, qui s'intéresse à la "culture porn") et Clarence Edgar-Rosa (journaliste pour le magazine Causette et créatrice du blog Poulet Rotique), toutes deux interrogées dans ce documentaire, acceptent, avec la réalisatrice, de poursuivre et d'approfondir cette discussion sur notre plateau.

Reste à trouver des images pour illustrer ces différentes questions. En janvier, un autre documentaire sur le sujet avait fait parler de lui. Diffusé sur Netflix, produit par l'actrice américaine Rashida Jones (bien connue des amateurs de la série télévisée Parks and Recreation), Hot Girls Wanted filme des jeunes filles de 18 à 20 ans qui se lancent dans le porno après avoir vu une annonce sur Craiglist, le "Bon Coin" américain.

Les séquences intéressantes ne manquent pas, que ce soit dans le documentaire d'Ovidie ou celui de Netflix. Mais question : peut-on faire une bonne émission sur le porno sans s'arrêter sur les images de ces films, ou leurs alternatives ? Hors de question de montrer du porno sur notre plateau mais si on veut en parler, les critiquer, les opposer, ne faudrait-il pas au moins les regarder, ces films pornos dits "féministes" ? Et voilà comment une partie de l'équipe d'Arrêt sur images s'est retrouvée à regarder plusieurs films pornographiques au beau milieu de la rédaction (à côté de collègues plus curieux qu'à l'accoutumée du bon avancement de l'émission de la semaine).

Arrêt sur toutes les images, donc. Comment c'est, de regarder du porno avec sa tête ? C'est curieux, voire carrément troublant. Au moins au début. Dans Pulsion, le film réalisé par Ovidie sorti en 2013, la première scène de sexe intervient après plus de vingt minutes. Première différence avec le reste de la production. Deux hommes, une femme, double-fellation, pénétration, sodomie et puis, pour clore le tout, une double éjaculation faciale sur le visage de la jeune femme, à genoux entre les deux hommes. Dans cette scène tournée la nuit dans un jardin, seul l'éclairage - à la lampe-torche - diffère du reste de la production "mainstream". Un peu mince.

L'espoir renaît par la suite. Dans ce porno-là, les acteurs et les actrices ont la parole. Mieux, ils ont une opinion : "J'ai tout essayé, les filles, les garçons, la littérature érotique, les films pornographiques, rien ne m'excite. Mais je vais bien. On vit dans une société où être asexuel, c'est être anormal. Y a du sexe partout, dans les clips, sur les abris de bus. C'est hypersexualisé. De nos jours, si t'es pas hyper performant au lit et que tu baises pas deux fois et demi par semaine, t'es pas dans la moyenne nationale", déclame une actrice pendant le film. Un manifeste, suivi d'une scène qui nous a scotché et qu'on décide de diffuser pendant l'émission : un homme, victime d'une panne sexuelle en plein milieu de l'acte ! Un homme qui avoue à sa femme qu'elle ne l'excite plus, en plein milieu d'un film porno !

Le film se termine, le débat commence en régie entre les trois personnes qui l'ont vu. On isole les scènes qui font polémique, on se les repasse, côte à côte. La première scène du film est-elle sexiste ? Peut-on filmer une éjaculation faciale dans un porno féministe ? Etait-ce excitant ? Non pour certains, oui pour d'autres. Beaucoup de questions et une seule toute petite évidence : il semble, a priori, possible de regarder du porno avec sa tête. Et même d'en parler ensuite.

Acte 1

Où l'on évoque le documentaire d'Ovidie, A quoi rêvent les jeunes filles ?, diffusée cette semaine sur France 2. Un autre porno est-il possible, en opposition à la production mainstream où la figure féminine est souvent maltraitée ? Ovidie évoque Annie Sprinkle qui, la première, avait imaginé ce porno alternatif dans les années 80.

Acte 2

Les normes sexuelles ont-elles évolué depuis l'avènement de YouPorn ? Ont-elles instauré, par exemple, la dictature de la fellation dès le collège ? Non pour Ovidie et Clarence, qui estiment que le magazine Elle, les pubs pour les glaces Cornetto ultra-suggestives ont aussi leur part de responsabilité. "Au moins, le porno, on voit une fellation, on sait que c'est une fellation. Dans les pubs, c'est plus hypocrite !", ajoute Ariane Picoche.

Acte 3

Où Ovidie découvre, stupéfaite, une séquence du documentaire de Netflix, Hot Girls Wanted, dans laquelle on découvre les coulisses du tournage d'un film porno américain, intitulé Virgin Manipulation. Où l'on évoque ensuite son avant-dernier film Pulsion, diffusé en 2013 sur Canal Plus. Et une scène où Ovidie filme une... panne sexuelle, chose impensable dans le porno "mainstream". "L'idée est de montrer que la sexualité n'est pas évidente", explique la réalisatrice.

Acte 4

En quoi le cinéma d'Ovidie est-il différent du reste de la production pornographique ? La question avait été posée, sur le site Hors-Série, à Christophe Bier, critique cinéma, spécialiste de la pornographie française et... acteur dans le film d'Ovidie, Pulsion. Après cet extrait, Judith Bernard, bien connue des @sinautes, vient en plateau pour poursuivre et clore le débat.

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