"Quand un pouvoir politique n'arrive pas à lutter contre le chômage, il lutte contre les chômeurs"
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Tout va pour le mieux sur le front de l’emploi dans l’économie française. C'est en tout cas ce que martèle le gouvernement. Fort d’une croissance de 3 % selon l’INSEE, l’exécutif répète à tout va que le chômage est "à son plus bas niveau depuis quinze ans", dixit Emmanuel Macron, que les offres d’emploi n’ont jamais été aussi nombreuses et que la réforme de l’assurance chômage va pouvoir enfin remettre les gens au travail.

À six mois de l’élection présidentielle, ces cris de victoires économiques et sociales arrivent à point nommé pour un président pas encore officiellement candidat mais c’est tout comme. Mais l'économie en politique, ce sont beaucoup de chiffres auxquels on peut faire dire beaucoup de choses, parfois même tout et son contraire, encore plus quand il s'agit du chômage, une des préoccupations majeures des Français si l’on en croit les études d’opinion. Pour décrypter tout cela, trois invités cette semaine : Pierre-Edouard Magnan, président du Mouvement national des chômeurs et précaires, Claire Vivès, sociologue au Centre d’études de l’emploi et du travail et Franck Morel, avocat en droit du travail, expert à l’Institut Montaigne, ancien conseiller social d’Édouard Philippe, et un des architectes de la réforme d’assurance chômage. Voici trois extraits de notre émission.

"300 000 CDI à temps plein [...] tendraient les bras aux chômeurs"

300 000 emplois non pourvus, un million d'offres disponibles, qui dit mieux ?  Le gouvernement se félicite des chiffres du chômage et du nombre d'offres d'emploi disponibles en cet automne 2021. "Quand on dit ça, on renvoie au grand public l'idée qu'il y aurait 300 000 emplois à temps plein, en CDI qui tendraient les bras aux chômeurs, et qu'ils n'auraient qu'à traverser la rue pour aller les chercher, s'indigne Pierre-Emmanuel Magnan du Mouvement national des chômeurs et précaires. On se moque du monde. Quand bien même il y a aurait 300 000 CDI décemment rémunérés disponibles, je rappelle qu'on taquine les cinq millions d'inscrits à Pôle emploi. On serait loin de régler le problème. On tend à dire que la responsabilité du chômage incombe au chômeur, ce qui est scandaleux et parfaitement faux".

LES CHôMEURS, CES FAINÉANTS : un PONCIF À LA VIE DURE

"Je veux faire la différence entre celui qui travaille et celui qui pense qu'on peut s'en sortir sans travailler". C'est la petite phrase prononcée par Xavier Bertrand lors du conseil national des Républicains, le 20 novembre 2021. Notre invité, Franck Morel le connaît bien pour avoir été son directeur de cabinet adjoint au ministère du Travail, et pour le soutenir lors de cette campagne pour la présidentielle. "Il ne jette l'opprobre sur personne, il formule un constat", affirme-t-il. Il poursuit : "Est-ce qu'on peut se dire autour de cette table que personne n'arnaque le système ? [...] Quand vous mettez un certain nombre de règles, c'est parce qu'il y a un certain nombre de personnes peut-être peu nombreuses, peut-être minoritaires, qui enfreignent les règles. Les règles sont faites pour que le système puisse tourner [...] Évidemment qu'elles ne sont pas majoritaires", tient-il à préciser.  

"Avoir du travail, c'est bien, mais il faut pouvoir en vivre"

Pour Pierre-Edouard Magnan, ce qui devrait inquiéter, c'est l'augmentation des travailleurs pauvres. "Moi, que les gens aient du boulot mais qu'on ait des explosions de distribution dans les banques alimentaires, que les gens aient du mal à se loger, que des travailleurs dorment dans leur voiture, c'est ça aussi le problème. Avoir du travail c'est bien, mais il faut pouvoir en vivre"

Pour aller plus loin :

"Les nouvelles de l'assurance chômage", Ministère du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion"
- "Le contrôle des chômeurs fait-il une politique de l'emploi ?", Le temps du débat, France Culture, le 17 novembre 2021

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