[Avent 2021] Présidentielle 2002 : "Chirac, fatigué et vieilli..."

Arrêt sur images

Avent #01. Pendant tout le mois de décembre, nous vous offrons des "Arrêt sur images" consacrés aux présidentelles de 2002, 2007, 2012 et 2017

Pourquoi les reporters politiques ont-ils autant de mal à rapporter ce qu’ils entendent et ce qu’ils voient, ce qui devrait être la base de leur travail ? nous demandions-nous alors que la campagne présidentielle de 2002 battait son plein. Comment font les journalistes pour rapporter ce qui est "off the record" ? "Quand il y a trois journalistes, le «off» est mort" commentait Éric Zemmour, alors journaliste politique au "Figaro", présent sur notre plateau. Le même pestait contre une "information aujourd’hui dirigée par la communication". Cette émission est en accès libre.

17 mars 2002, sur le plateau d'Arrêt sur images (alors diffusé sur France 5). Il y a presque vingt ans. Sont présents John-Paul Lepers, journaliste à Canal +, Clarisse Fabre, journaliste au MondeThierry Dagiral journaliste à I-Télé, et un certain Éric Zemmour, du service politique du Figaro. Après les chroniques et la partie "actualité", on s'interroge : pourquoi les reporters en campagne ont- ils autant de mal à rapporter ce qu’ils entendent et ce qu’ils voient, ce qui devrait être la base de leur travail ? On revient en détails, et c'est très intéressant, sur la fameuse phrase de Lionel Jospin, alors Premier ministre de Jacques Chirac (c'est la cohabitation) mais aussi son adversaire dans la course à la présidentielle : "Chirac est fatigué, vieilli et victime d’une certaine usure (...) marqué par la passivité". Clarisse Fabre était dans l'avion de retour de la Réunion aux côtés de Jospin lorsqu'il a prononcé cette phrase. C'est un "off" (une information qui n'est pas censée être attribuée à une personne précise). Mais pas vraiment. Les journalistes ne l'ont pas noté. Mais finalement, il sort partout. Pourquoi, comment ? Tout est raconté.

Zemmour : "Je grille assez souvent le off, même quand je suis en tête à tête"

Pour Éric Zemmour, "il n’y a pas de off quand il y a 40 ou 20 ou 10 journalistes [...] Une fois qu’on est trois journalistes c'est terminé le off est mort [...] et il le sait très bien, Jospin [...] Je grille assez souvent le off, même quand je suis en tête à tête [...] Pourtant on me fait encore des confidences [...] c’est à moi d’apprécier quand je peux le griller et quand je ne peux pas le griller." 

On évoque ensuite la manière dont la parole politique est contrôlée par les communicants pendant cette campagne. C'est inédit, semble-t-il. Tout est verrouillé. C'est la victoire posthume de Jacques Pilhan, le conseiller en communication de François Mitterrand, explique Zemmour : "Cette campagne est la première où la communication est reine [...] les communicants utilisent les lacunes journalistiques" (en bas de ce contenu, cliquez sur notre article : Zemmour le candidat de 2021 a bien appris de Zemmour le journaliste de 2002). Chirac notamment, empêche les caméras de le suivre. "Les caméras ne sont pas libres, places et axes sont décidés", explique Lepers. Impossible de poser une question, d’entendre ce qui se dit. Pour Dagiral, "tout est fait pour qu’on ne tourne que le meeting, et pas les à-côtés"Lepers explique comment il a utilisé des images de pool, qu'il n'a donc pas filmées lui-même mais dont personne ne se sert, pour montrer la nervosité d'un Chirac dont la campagne est laborieuse. "Je ne vois pas de reporters, dit-il en taclant ses confrères, mais des gens qui écrivent ce qu'il s’est dit et ce qu’ils pensent devoir dire".

On découvre aussi une spécificité des journalistes de télévision couvrant des meetings politiques : ils enregistrent leurs "papiers" en ayant lu le discours mais... avant qu'il ne soit prononcé sur scène. Et souvent sans avoir discuté avec le candidat. Le discours comporte des phrases soulignées par les communicants. Tout est pré-mâché. Pour le chroniqueur d'ASI David Abiker, le tout relève du marketing et crée une  "standardisation de la relation entre l’homme politique et le journaliste." 


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