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Nouvelle condamnation pour Jeff Koons, plagiaire multi-récidiviste

AInsi en a décidé hier le tribunal : la sculpture de Jeff Koons intitulée Naked est bien la contrefaçon d'une photographie de Jean-François Bauret.

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C'est compliqué l'art contemporain.

Jeff Koons a oeuvré comme courtier, mis en scène son mariage avec une actrice pornographique et gagne maintenant des fortunes en plagiant pour des résultats kitchissimes.

Pas très reluisant.

Mais pourtant, ce faisant, peut-être nous dit-il quelque chose d'important sur notre société contemporaine, et donc mérite de plein droit que l'on s'intéresse à son oeuvre.

C'est compliqué l'art contemporain. Et l'art en général d'ailleurs.
Je reconnais que je suis une bite dans tout ces trucs, mais j'ai vraiment du mal à comprendre comment une sculpture peut plagier une photo... il y a un copyright sur les compositions ?

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Je dois être à la rue: pour moi il est délirant de condamner. Est ce que les images originales avaient une chance de finir dans les expo et galleries colonisées par les "appropriations" de Koons ? Clairement non, donc il faut bien acter que le monde attribue aux oeuvres de Koons quelque chose de spécifique l'amenant à une place différente.

Je dis ça, je n'ai aucune estime pour l'artiste Koons. Mais sauf à nier une des pratiques classiques de la création (la citation/le sampling/l'appropriation/le détournement, bref l'usage de briques "culturelles" complexes et pas seulement de l'iconographie des choses, bêtes et paysage qui sont notre vocabulaire visuel commun), je ne vois pas comment ce verdict se légitimise.
Mais comme tout l'art contemporain , il n'est la que pour faire du fric, et produire vite, pour faire du fric...
a écouter sans modération Mr Lepage : https://youtu.be/n3gOLGzMChU
Je ne sais pas si c'est volontaire de la part ce Koon, mais je trouve que ça donne un effet subversif, ça rend le droit d'auteur, cette vaine prétention, tout à fait caricatural. On dirait un brevet sur les coins ronds. En fait, ça dévoile complètement le discours creux de l'innovation, des disruptions technologiques et de la créativité des créatifs.
La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer ! Tu n’es pas un vil copiste, mais un poète ! s’écria vivement le vieillard en interrompant Porbus par un geste despotique. Autrement un sculpteur serait quitte de tous ses travaux en moulant une femme ! Hé ! Bien ! Essaye de mouler la main de ta maîtresse et de la poser devant toi, tu trouveras un horrible cadavre sans aucune ressemblance, et tu seras forcé d’aller trouver le ciseau de l’homme qui, sans te la copier exactement, t’en figurera le mouvement et la vie.
Nous avons à saisir l’esprit, l’âme, la physionomie des choses et des êtres. Les effets ! les effets ! mais ils sont les accidents de la vie et non la vie. Une main, puisque j’ai pris cet exemple, une main ne tient pas seulement au corps, elle exprime et continue une pensée qu’il faut saisir et rendre.
Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l’effet de la cause qui sont invinciblement l’un dans l’autre ! La véritable lutte est là ! Beaucoup de peintres triomphent instinctivement sans connaître ce thème de l’art. Vous dessinez une femme, mais vous ne la voyez pas ! Ce n’est pas ainsi que l’on parvient à forcer l’arcane de la nature. Votre main reproduit, sans que vous y pensiez, le modèle que vous avez copié chez votre maître. Vous ne descendez pas assez dans l’intimité de la forme, vous ne la poursuivez pas avec assez d’amour et de persévérance dans ses détours et dans ses fuites.
La beauté est une chose sévère et difficile qui ne se laisse point atteindre ainsi, il faut attendre ses heures, l’épier, la presser et l’enlacer étroitement pour la forcer à se rendre. La Forme est un Protée bien plus insaisissable et plus fertile en replis que le Protée de la fable, ce n’est qu’après de longs combats qu’on peut la contraindre à se montrer sous son véritable aspect ; vous autres ! vous vous contentez de la première apparence qu’elle vous livre, ou tout au plus de la seconde, ou de la troisième ;
ce n’est pas ainsi qu’agissent les victorieux lutteurs ! Ces peintres invaincus ne se laissent pas tromper à tous ces faux-fuyants, ils persévèrent jusqu’à ce que la nature en soit réduite à se montrer toute nue et dans son véritable esprit. Ainsi a procédé Raphaël, dit le vieillard en ôtant son bonnet de velours noir pour exprimer le respect que lui inspirait le roi de l’art, sa grande supériorité vient du sens intime qui, chez lui, semble vouloir briser la Forme.
La Forme est, dans ses figures, ce qu’elle est chez nous, un truchement pour se communiquer des idées, des sensations, une vaste poésie. Toute figure est un monde, un portrait dont le modèle est apparu dans une vision sublime, teint de lumière, désigné par une voix intérieure, dépouillé par un doigt céleste qui a montré, dans le passé de toute une vie, les sources de l’expression.
Vous faites à vos femmes de belles robes de chair, de belles draperies de cheveux, mais où est le sang, qui engendre le calme ou la passion et qui cause des effets particuliers ? Ta sainte est une femme brune, mais ceci, mon pauvre Porbus, est d’une blonde ! Vos figures sont alors de pâles fantômes colorés que vous nous promenez devant les yeux, et vous appelez cela de la peinture et de l’art.
Parce que vous avez fait quelque chose qui ressemble plus à une femme qu’à une maison, vous pensez avoir touché le but, et, tout fiers de n’être plus obligés d’écrire à coté de vos figures, currus venustus ou pulcher homo, comme les premiers peintres, vous vous imaginez être des artistes merveilleux ! Ha ! ha ! vous n’y êtes pas encore, mes braves compagnons, il vous faudra user bien des crayons, couvrir bien des toiles avant d’arriver.
Assurément, une femme porte sa tête de cette manière, elle tient sa jupe ainsi, ses yeux s’alanguissent et se fondent avec cet air de douceur résignée, l’ombre palpitante des cils flotte ainsi sur les joues ! C’est cela, et ce n’est pas cela. Qu’y manque-t-il ? un rien, mais ce rien est tout.
Vous avez l’apparence de la vie, mais vous n’exprimez pas son trop-plein qui déborde, ce je ne sais quoi qui est l’âme peut-être et qui flotte nuageusement sur l’enveloppe ; enfin cette fleur de vie que Titien et Raphaël ont surprise. En partant du point extrême ici vous arrivez, on ferait peut-être d’excellente peinture ; mais vous vous lassez trop vite.
Le vulgaire admire, et le vrai connaisseur sourit. Ô Mabuse, ô mon maître, ajouta ce singulier personnage, tu es un voleur, tu as emporté la vie avec toi ! — À cela près, reprit-il, cette toile vaut mieux que les peintures de ce faquin de Rubens avec ses montagnes de viandes flamandes, saupoudrées de vermillon, ses ondées de chevelures rousses, et son tapage de couleurs. Au moins, avez-vous là couleur, sentiment et dessin, les trois parties essentielles de l’Art.
— Mais cette sainte est sublime, bon homme ! s’écria d’une voix forte le jeune homme en sortant d’une rêverie profonde. Ces deux figures, celle de la sainte et celle du batelier, ont une finesse d’intention ignorée des peintres italiens, je n’en sais pas un seul qui eût inventé l’indécision du batelier.
— Ce petit drôle est-il à vous ? demanda Porbus au vieillard.
— Hélas ! maître, pardonnez à ma hardiesse, répondit le néophyte en rougissant. Je suis inconnu, barbouilleur d’instinct, et arrivé depuis peu dans cette ville, source de toute science.
— À l’œuvre ! lui dit Porbus en lui présentant un crayon rouge et une feuille de papier.
L’inconnu copia lestement la Marie au trait.
— Oh ! oh ! s’écria le vieillard. Votre nom ?
Le jeune homme écrivit au bas Nicolas Poussin.

Balzac Le chef d’œuvre inconnu (extrait)
On dit " poomper comme un Koon "
Le plagiat humain auquel il est le plus difficile d'échapper, pour les individus (et même pour les peuples qui persévèrent dans leurs fautes et vont les aggravant), c'est le plagiat de soi-même.

Marcel Proust
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