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"L'autre journalisme" de XXI fait grincer les dents de la presse traditionnelle

"Un autre journalisme est possible": c’est le titre du manifeste que publie, jeudi 10 janvier, la revue XXI. Dans ce texte de 20 pages qui sera vendu avec XXI, les fondateurs Laurent Beccaria et Patrick Saint-Exupéry, affichent plusieurs convictions. XXI publie ce manifeste à l'occasion de son cinquième anniversaire.

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Lorsque l'on parle de rentabilité des journaux (je parle plutôt des journaux et périodiques d'info géné), il est un indicateur qui est toujours très éclairant, quand on peut en avoir de connaissance, c'est le nombre de canards qu'il faut vendre pour financer les plus gros salaires de la boîte.

Au vu de ce ratio, il est souvent assez facile de comprendre que ce qui plombe la presse, ce sont les grosses (parfois très grosses) rémunérations des "stars" qui entre deux éditos ou papiers d'humeur (jamais de reportage, leur opinion suffit à éclairer la plèbe sur la réalité du monde) cachetonnent sur les plateaux de télé et les studios de radios.
Si vous voulez découvrir un autre journalisme regardez donc ce nouveau journal de ré-information :

Journal hebdomadaire de Voix de la Russie - 7 janvier 2013

En particulier, ce journal fait de l' "Arrêt sur Image" : à la minute 18 le bidonnage de France 2 est trop énorme.

Avec une conclusion à la Groland.
On va voir quel écho la presse traditionnelle va donner à ça :

http://blogs.mediapart.fr/blog/remy-garnier/070113/de-la-posture-limposture-lettre-ouverte-jerome-cahuzac

Texte assassin qui me renforce dans mon impression première : ce qui est le plus à reprocher à Cahuzac n’est pas sa clinique de millionnaires, son « faites ce que je dis pas ce que je fais, l’austérité c’est juste bon pour vos gueules de manants » » ou un hypothétique compte en Suisse comme on dit « boire en suisse », mais le cadeau fiscal fait à une coopérative de malhonnêtes (et encore, j’ignorais ce qu’en dit Garnier avec une impitoyable précision).

Il m’est arrivé à deux reprises de ne pas pouvoir payer un impôt (aucune fausse déclaration donc, comme France Prune pourrie). Je n’ai eu aucun dégrèvement, juste un moratoire.

Je cite Garnier :

Posture et imposture sont les deux mamelles de cette prétendue gauche que vous incarnez, Monsieur CAHUZAC. La posture de non-intervention peine à dissimuler l’imposture des interventions en coulisses.
La vraie gauche, elle, n’a jamais fait sienne cette devise propre à la droite nationale, militariste et ultraconservatrice qui l’illustra si bien contre DREYFUS :
« Une petite injustice vaut mieux qu’un grand désordre. »
Je vous promets que la grande injustice qui frappe les petits contribuables, les sans grade, face aux fraudeurs privilégiés que protégent des services corrompus, n’évitera pas un immense désordre.


Garnier a repris du poil de la bête, Cahuzac, ses soutiens et le Canard Enchaîné n’ont pas fini de souffrir !
[quote=David Medioni]Des réactions en chaîne qui montrent à quel point les questions posées par XXI devraient susciter un débat. Quel type de journalisme demain et avec quel financement ? Les médias doivent-ils devenir des marques ? Quel rôle pour les journalistes de l'avenir ? Toutes questions qui reviennent en permanence, à la faveur de tel ou tel événement d'actualité.

Merci David de signaler ce manifeste. Et bien voilà, cher @si, c'est donc le débat de ce vendredi, n'est-ce pas ? Pendant la période des bonnes résolutions, les égos de nos chers patrons de presse sont certainement mieux à même de débattre ;-)

Ce pourrait même être un débat récurrent @si, genre tous les trois mois, on remet le couvert. Suivi des informations, réactions des invités actuels sur les extraits des émissions précédentes (surtout montrer les extraits à ceux mis en cause, cela les fera venir plus facilement et mettra un peu de piquant dans le débat, mais pas de ping-pong sanglant non plus, hein ?!).

Le débat pourrait même changer de lieu / rédaction à chaque numéro, pour impliquer encore d'avantage les média traditionnels, genre "Tous ensemble pour parler du journalisme", et avec les lecteurs bien sûr. Par exemple si la rédaction de Libé ou du Monde n'est pas "intéressé" pour accueillir le débat, c'est que les questions qu'il pose ne les intéresse pas... Et quelque soit la raison du refus invoqué, c'est joindre le geste à la parole. Désolé pour la provoc, mais Le Monde et Libération font partie des journaux que je n'achète quasiment plus depuis des années, trop déçu.

Vivement vendredi donc !!
Abonné de la toute première heure à @si , lecteur de la toute deuxième heure de XXI, c'est un vrai plaisir de retrouver ici deux de mes journaux préférés... euh revues... euh, non supports d'information... ou médias... Ah, merde, alors: ces trucs serait-ils si nouveaux et différents qu'on ne pourrait les nommer? Les catégoriser? Les taxinomier? Numérique ou papier. Faut choisir ton camp, camarade, qu'ils disent en substance à Libé, même si ils le disent pas comme ça. Et le débat s'engage: papier contre numérique. Et Laurent Beccaria, ci-dessus, a bien raison de rappeler les fabulous 80's, qui ont vu la marketisation de la presse (et pas que: la marketisation du monde en général, le triomphe de ce que Debord, Vaneigem et quelques autres avaient dénoncé depuis près de 20 ans - le monde du spectacle enfin achevé dans la marchandise, dont le marketing-pub n'est jamais que la liturgie).
Alors il ne faudrait pas que la pseudo querelle des anciens et des nouveaux, papier ou numérique, occultent cette réalité: "la pub nous prend pour des cons, la pub nous rend cons" (Hara Kiri - Cavanna, probable, ou Choron). Et puisqu'on en est là, rappelons quand même que les meilleurs journaux du monde de France, ont tous, sans aucune exception, été épargnés par la pub: Le Monde de dans l'temps, Le Figaro d'avant, Libé des débuts, Hara Kiri (mensuel et hebdo), Le Canard Enchaîné, Actuel ancienne et nouvelle formules... J'en oublie sûrement. Et, tiens, une idée, un nommage (et un hommage): si ces "nouveaux" médias, numériques ou papiers, on les appelait des SPAI - Sans Pub A l'Intérieur (et non pas Sous Produits Agro-Industriels; quoique...)? Après, qu'ils soient de niche, généralistes, de reportage ou de conviction, qu'importe: ce seraient juste des SPAI.
Sinon, dans le payant qui semble marcher, y a Politis et Fakir.
Ç'aurait été intéressant de les contacter pour savoir où ils en sont au niveau viabilité.
//La ligne budgétaire annuelle "frais de reportage" des vingt journalistes de Rue89 équivaut aux frais remboursés pour un récit de XXI. C'est un montant dérisoire".//

Comme est dérisoire le résultat. Comparez la page d’accueil de Rue89 et celle de Médiapart. Rue89, le France-soir de la décadence.


Giret écrit : //A force de vouloir jouer les avant-gardes, ces deux-là risquent de se retrouver enfermés dans la nostalgie d’un pseudo âge d’or"//

Entre être enfermés dans la nostalgie mais en continuant d’écrire et d’avoir des lecteurs et ne plus pouvoir écrire car on n’a plus de lecteurs comme Libé, le choix est vite fait, non, mon Vinvin ? Tu es sans doute trop jeune pour avoir vécu la première grande fracture entrer Libé et ses lecteurs : l’irruption de la pub. Avant, Libé était un journal foutraque, parsemé autant de coups de génie que de coups de cons, mais on ne s’y ennuyait jamais. Après, les coup de génie sont devenus observables à la loupe, la bobotude a pris ses aises et le lectorat a lentement mais sûrement fondu. Lire et relire le papier de Stern-Brocard dans Siné bande encore Mensuel.
C'est sympathique, les manifestes, mais je ne peux jamais m'empêcher de me demander si, au-delà des nobles intentions affichées, d'autres intérêts ne sont pas en jeu. Comme lorsque MM. Niel ou Leclerc s'autoproclament les vaillants défenseurs du consommateur, par exemple. Ici, ce manifeste constitue également un beau coup de pub pour XXI - mais qui sait ce qu'il en restera demain, si le capital venait à s'ouvrir à d'autres investisseurs de la presse dite traditionnelle, comme cela a pu arriver à Rue89.

Sans préjuger la probité des uns et des autres, je serais bien davantage enclin à adhérer à un manifeste de personnes qui n'ont rien à vendre.
Hufnagel est un tocard issu de Libé/20 minutes et Slate, monté par la bande de bras cassés Attali et Colombani/Le Boucher venus du Monde, un assez triste journal en ligne qui se veut fun sur la forme mais qui recycle la même idéologie libérale moisie que Le Monde, des articles traduits du site de la maison-mère Slate.com et d'autres trucs ramasse-curieux sans intérêt genre "manger des insectes est-il bon pour la santé ?". Il suffit de voir le nombre de commentaires sous les articles pour comprendre que le site peine à exister.
Pire, le très mauvais Hugues Serraf, un "libéral de gauche" qui cachetonne aussi chez Atlantico, y écrit, et Glad a été recruté chez Canal + au Grand Journal, c'est dire la médiocrité de ce site et l'originalité de ses animateurs.
Quel intérêt de mettre du pognon là-dedans ? Au nom d'une pluralité qui n'existe pas ? Les mêmes plumitifs passent de site en site en s'échangeant leurs postes comme des vignettes Panini.
On ne le répétera jamais assez mais quand un site soit-disant gratuit est financé par de la pub, le produit, c'est le lecteur.
Quelques précisions pour prolonger cet article.

Huit fois dans le Manifeste XXI (c'est même le point 1) nous répétons que l'erreur est d'opposer papier et numérique.Que Vincent Giret de Libé, pour éviter les questions qui fâchent sur "les marques médias" et le marketing, ait fait mine de ne pas le voir, passe. Mais Asi, c'est plus étonnant.

Alors écrivons-le une neuvième fois: opposer le numérique et le papier est le débat le plus éculé qui soit.

Le vrai problème c'est que, après avoir, pendant près d'un siècle, permis au journalisme de se développer en absorbant la plus grande part des coûts, la publicité a commencé dans les années 80 -bien avant internet- à traverser la muraille de Chine entre le rédactionnel et la publicité. Le phénomène a même touché les grands journaux (quotidiens et hebdomadaires). Les titres ont été atteints par les joies du ciblage, du marketing, et de l'intégration dans les groupes de communication. Aussi la crise de confiance entre la presse et ses lecteurs est-elle antérieure à Internet.

Lorsque le web s'est développé, la plupart des grands journaux ont cru qu'en développant leur site puis une kyrielle d'applications, ils allaient récupérer la manne publicitaire qui s'échappaient vers le monde numérique. Cela n'a pas été le cas. Le bilan financier de la presse numérique n'est pas glorieux. Seuls deux sites échappent à la spirale des déficits, des augmentations de capital ou des rachats: Mediapart et Asi, tous les deux sur abonnements, sans publicité. Nous avons vécu la même trajectoire avec XXI et 6 Mois.

Ces quatre projets-là, si différents, avaient un point commun: les professionnels de la profession ne leur donnaient aucune chance.

Le journalisme doit plus que jamais s'appuyer sur le lecteur. C'est pour lui que nous travaillons, c'est à lui que nous nous adressons, c'est lui qui nous juge et qui permet à l'aventure éditoriale de se poursuivre -ou pas.

Dire que la presse n'a pas assez engouffré d'argent dans le numérique est sans doute vrai dans un certain nombre de cas (par exemple Slate). Mais le Guardian par exemple, grand quotidien anglais, phare du journalisme numérique, qui expérimente, invente, investit à tour de bras depuis une décennie n'y arrive pas mieux. Il licencie à tour de bras et perd 100.000 livres par semaine. Rue89 -dont j'ai été l'un des premiers et modestes actionnaires- a pulvérisé chaque année ses objectifs d'audience sans être rentable. L'équilibre financier dans cet univers
une ligne d'horizon qui se dérobe sans cesse.

Il y a beaucoup de voies à explorer sur le net (comme média), en utilisant le net (comme outil), sur papier (avec une offre renouvelée, bien loin des hebdos -franc-maçons-immobilier-guide du vin-l'islam qui fait peur). Notre Manifeste est un appel à explorer toutes les solutions pour refonder la presse, à partir du meilleur de sa tradition.

Les réactions qui remontent des abonnés et désormais des journalistes, qui ont reçu le texte avec le numéro 21 de XXI et quelques jours d'avance surle jeudi 10 janvier, nous confortent dans l'idée qu'il vaut la peine de s'engager.

Ce débat n'est pas franco-français. La revue Harper's aux Etats-Unis (l'un des trois titres les plus prestigieux de la presse américaine) traduit actuellement ce texte pour le publier dans leur prochain numéro. Et l'école de journalisme de Columbia, qui reste la référence dans ce domaine, vient de publier un rapport qui partage le diagnostic cruel du Manifeste XXI.

Laurent Beccaria (cosignataire du Manifeste XXI)
Sur les ancêtres (toutefois pas si anciens) de ces « mooks » (vilain néologisme), créés dans la mouvance de XXI, lire aussi ce billet de 2007.
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