9
Commentaires

Ebola : certains medias accusés de stigmatiser les superstitions africaines

C’est la plus grande épidémie depuis la découverte du virus en 1976. Elle a fait plus de 1900 morts, sur 3500 cas confirmés. Elle a commencé en janvier en Guinée, avant de se propager en Sierra Leone, au Libéria puis au Nigéria et dans une moindre mesure au Sénégal et en République Démocratique du Congo. Des voix se sont élevées pour dénoncer le traitement médiatique, trop axé sur une prétendue "superstition" des Africains qui ne se laisseraient pas soigner et préféreraient s'en remettre à des marabouts. Est-ce le cas? Côté pays occidentaux, pourquoi tant d'annulations de vols alors que l'OMS a assuré que le risque de propagation par les airs est "minime"?

Derniers commentaires

Très bon reportage hier dans Sept à huit sur Ebola.
Excellent article, merci.
Je suis certain d'avoir entendu le passage sur France Culture (ou inter ?) à propos des superstitions, de l'appel à la prière, etc... Dans les infos de la matinale ? Je me souviens également sur la même station d'un débat très intéressant dans le grain à moudre d'été, peut être étais-ce dans cette émission. Mais il en ressortait plein d'autres choses, notamment le fait que l'épidémie est survenue dans des pays peu préparés (car les autres épidémies sont survenues dans des pays plus à l'Est), que le personnel humanitaire et médical envoyé sur place connaissait très mal la région et les populations, que lorsque les équipes ont eu le temps de se familiariser il est temps pour elles de rentrer et de nouvelles équipent prennent le relai, le fait qu'il a été annoncé d'emblée qu'il n'y a ni traitement, ni vaccin, et donc beaucoup de malades préfèrent mourir chez eux...
Etais-ce dans cette émission également, vers la fin, que les traitements expérimentaux avaient été évoqués à la toute fin de la discussion (le ZMapp venait d'être utilisé sur les deux américains il me semble) et une des intervenantes disait clairement que plus que des traitements miracles, c'est un meilleur accès aux soins généraux de type perfusion, etc... qui donnerait les meilleurs résultats.

Le seul passage qui m'a fait tiquer dans l'article de Laure est la comparaison (par Sylvie Brunel?) de la médiatisation de l'épidémie actuelle d'Ebola avec les endémies de paludisme ou SIDA. La question du nombre de morts n'est pas pertinente, d'autant que l'épidémie d'Ebola est en cours et progresse, et que certaines prédictions sont assez alarmistes sur l'augmentation du nombre de cas (ScienceNews, en anglais). De plus, l'épidémie a déjà fait largement plus de victimes que les épidémies précédentes et (de ce que j'ai compris) touche cette fois ci des régions plus urbanisées, donc densément peuplées. Donc sans être un spécialiste, j'en comprend que la situation est très préoccupante, et cette médiatisation importante me semble plutôt justifiée. Par ailleurs l'épidémie a commencé début 2014 ou fin 2014, et était largement sous-médiatisée au départ.

Pour finir légèrement à côté du sujet, l'épidémie touche sévèrement les équipes médicales et les chercheurs sur place : 5 des auteurs d'une étude parue récemment dans Science sont morts de suites de l'infection par le virus, au Sierra Leone.
Explorer l'irrationnel et les superstitions de notre culture occidentale contemporaine est une excellente idée, mais cela risque de nous emmener très loin !

Il est dangereux de se pencher en-dedans.
Cette maladie ne se soigne pas pour l'instant, 54% de létalité, les happy few qui ont bénéficié d'un traitement expérimental, des occidentaux bien nourris et en bonne santé, ont donc peut être tout simplement eu de la chance et de toute façon ce "traitement miracle" (attention nous risquons de rentrer dans la superstition) n'est pas disponible pour tous le monde. Ces pauvres gens sont donc devant un fléau, avec les réactions des hommes devant quelque chose d'irrésistible et d'insurmontable.

A cet égard j'invite les curieux à lire le travail de JN BIRABEN – les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens – 1975, Mouton & Co et Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, c'est édifiant quant à ce qu'il y a sous notre verni.

Les journalistes ne font jamais que rajouter des petites touches de peinture à un tableau qui n'est pas entièrement dessiné; donner une valeur et une interprétation à chaque touche composant La Parade de SEURAT n'a pas grand sens, mais beaucoup de journalistes et leurs patrons se sentent investis de dire le Monde (tout en faisant de l'audience) avec leur petits pinceaux et c'est là que le tableau devient faux; alors l'Afrique - 20% des terres émergées et 16% de la population mondiale - pour certains qui n'expliquent déjà pas la France - c'est simple à expliquer: ils sont noirs, ils ont raté le train de l'histoire englués qu'ils sont dans les superstitions et les guerres tribales et c'est pour ça que ces abrutis vont nous contaminer avec ce virus . Et en plus c'est une explication qui plait.C'est plus simple que d'essayer d'expliquer aux lecteurs les méthodes de ceux qui luttent – au risque de leur vie – contre ces épidémies, leurs difficultés, les obstacles et que les choses sont comme elles sont et non comme on voudrait qu'elles soient.

Il faut être Belge pour relever des informations de ce type (LE SOIR Mardi 31 juillet 2001):
"Italie La colère de l'Etna ne s'apaise pas La prière contre la lave, sans garantie...
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche soir pour une messe destinée à apaiser le volcan sicilien. Car la peur est là. Ce qui n'empêche pas les habitants d'aimer leur «Mongebello». … Coiffé de sa mitre et appuyé sur sa crosse, l'archevêque invoque l'aide de la Vierge et admet humblement son impuissance: Je voudrais tant avoir la foi de mon prédécesseur le cardinal Dusmet qui, à genoux devant la lave comme seuls les saints savent le faire, arrêta la coulée.
Le temps des miracles appartient-il donc au passé? A Belpasso comme à Nicolosi, la bourgade voisine la plus proche (à 4 km) des actuelles coulées de lave, on y croit fermement, à ce miracle de 1896 qu'évoque l'archevêque. Grâce au voile de sainte Agathe, la patronne de Catane, et aux bras de saint Antoine, le saint patron de Nicolosi, la lave s'était arrêtée de justesse aux portes de la petite ville.


L'article ne prétendait pas que cette touche de peinture reflétait l'Europe.(Ah l'humilité!)
Toute la difficulté est de savoir si le sociologue ne fait pas un appel abusif à l'autocensure des journalistes.
Si il dénonçait le côté unilatéral du fait de ne mettre en avant qu'un seul facteur de propagation, ce qui masquerait pudiquement les autres facteurs, il y aurait une porte de sortie pour les journalistes qu'il n'entrouvre même pas.

Je crois comprendre qu'il dit que la logique médicale elle-même ne prend pas en compte "la communication" envers les populations, mais la logique médicale est-elle rationnelle ou non, du strict point de vue épidémique? Pourquoi les journalistes devraient-ils se mêler de commenter comme une erreur les scaphandres, l'isolement des malades, le traitement des cadavres? C'est le propre de la logique médicale de balayer d'un revers de main les complaisances envers les aspects humains immédiats qui entravent sur le long terme la limitation du nombre de victimes.

Le sociologue les invite-t-il à manipuler ou les accuse-t-il de manipuler? Je me le demande.

- Pour les accuser de manipuler il faudrait qu'il montre que les faits décrits sont faux ou amplifiés par les journalistes. Hum, difficile à dire, si on est attentif et qu'on ne prend pas qu'une partie d'un article ou d'un reportage, ça a l'air souvent honnête. Les journalistes décrivent des faits (le jeûn et la prière comme action gouvernemental alors que jeûn = affaiblissement de l'immunité, etc.) parfois choisis parce que c'est le thème ou le parti-pris d'une émission (sur france culture! normal non?), mais on ne peut pas résumer l'info sur Ebola à ça .

- Si on prend l'invitation du sociologue à ne pas parler des faits culturels dans les reportages à l'étranger pour ce que cette invitation est, on y voit une directive à taire habilement certains aspects de l'épidémie pour ne pas créer de la panique.
Donc "la radioactivité de Tchernobyl est restée bloquée aux frontières", il est judicieux de l'avoir dit. Au cas où les populations auraient bêtement jetés ou mieux lavé leurs légumes contaminés.

Parce que une décision d'Air France semble absurde, on tombe sur les journalistes. Parce que les médecins ne se rendent pas compte de la peur déclenchée par les scaphandres, on tombe sur les journalistes. Mais qui sait si ce n'était pas une raison médicale, un refus de respecter des règles d'hygiène légitimes de l'aéroport ou quoi, et qu'on ne veut pas pour autant justement stigmatiser un pays en le disant à tous les vents,mais qu'on envoie ainsi un signe, une conséquence aux responsables de l'aéroport?...

Et là j'en suis à me dire qu'il faut que je relise tout l'article de Laure Daussy un peu mieux. C'est ça aussi le problème des journalistes c'est qu'on réceptionne tout très vite, on ne retient qu'un truc même quand le journalisme est pointu!
[quote=Cyril Lemieux, cité par LD] Pour le sociologue, ce ne sont pas des croyances qui entrainent une méfiance envers la médecine, mais l'inverse : c'est la réalité des insfrastructures hospitalières - très mauvaises - dans les pays touchés par Ebola qui suscite ce type de croyance. "Cette journaliste, si elle devait aller dans les mêmes hôpitaux en France, réagirait comme eux" dit-il à @si.

Merci de remettre un peu de bon sens dans le traitement journalistique de Ebola. Toute cette agitation est un peu indécente, on voit très vite que la question principale, c'est "Est-ce que NOUS, occidentaux, on risque quelque chose". Et qu'on s'en remet à des attitudes coercitives, à d'hypothétiques remèdes miracles ou vaccins (vaccins!!!!), à la préparation (symbolique?) de chambres spécialisées ici, chez NOUS, tout en éludant l'aspect principal qui fait de cette épidémie une catastrophe, la grande misère des centres de soins dans les pays réellement touchés.
Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.