Laissez-nous les "sales gosses" de France Inter
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Laissez-nous les "sales gosses" de France Inter

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C à vous, sur France 5, mercredi 10 mai 2023. L'une des invitées, Charline Vanhoenacker, est questionnée par la présentatrice Anne-Élisabeth Lemoine : "Le Parisien croit savoir que cette 9e saison en quotidienne sur la première chaîne de radio de France sera la dernière. Selon nos informations, Charline Vanhoenacker doit confirmer sa décision de mettre un terme à C'est encore nous." Aux mots "confirmer sa décision", l'humoriste et journaliste belge a un rire nerveux. 

"Oh, j'ai oublié de donner ma décision !", ironise-t-elle. "Je vais la donner, là : ce n'est pas ma décision. Je vous confirme que la quotidienne s'arrête." Elle explique que les chiffres d'audimat de son émission ayant énormément progressé au fil des neuf ans à l'antenne, passant de "350 000 auditeurs" à "1 250 000 auditeurs", donc un gain d'environ 100 000 par an, précise-t-elle, "ça ne [lui] serait pas venu à l'idée de passer en hebdomadaire". Et pourtant : "On m'a proposé de passer en hebdo. Et voilà, on va s'adapter."

Lemoine insiste : pourquoi mettre un terme à "une émission qui connaît un véritable succès d'audience" ? Une émission, rappelons-le, clairement positionnée à gauche, qui n'hésite pas à se moquer de la macronie et à mettre les ministres face à leurs contradictions. Comme dans cette savoureuse chronique de 2018, dans laquelle Vanhoenacker et son compère Guillaume Meurice passaient au rouleau-compresseur un Gérald Darmanin médusé en plateau. 

Pourquoi tirer un trait sur un tel poil-à-gratter politique, si adoré des auditeur·ices ? Vanhoenacker n'a pas vraiment de réponse. Elle évoque un monde des médias "qui a changé en dix ans", dit "ne pas être très au fait des nouveaux usages". Bref, le malaise est palpable. "Vous dérangiez ? C'est ça qu'on vous reprochait, une trop grande liberté de ton ?", poursuit Lemoine sans lâcher le morceau. "Je ne pense pas, on n'est pas si sales gosses que ça", répond prudemment Vanhoenacker… avant de retrouver un peu de gouaille et le sourire : "Vous demanderez à ma direction !"

L'article du Parisien dont parlait Lemoine, c'est une enquête sur la "période d'instabilité" et les changements en série que connaît France Inter. Le journaliste Benoît Daragon écrivait : "Selon nos informations, Charline Vanhoenacker doit confirmer après les vacances scolaires à Adèle Van Reeth, la nouvelle directrice, sa décision de mettre un terme à C'est encore nous. […] L'animatrice ne disparaîtra pas de l'antenne, elle devrait rebondir avec une nouvelle émission le week-end." À ASI, Daragon explique avoir tenté, sans succès, de confirmer l'information, qu'il tenait de deux sources différentes, auprès de Van Reeth et de Vanhoenacker, sans y parvenir. "Ce que j'avais compris, c'est que l'émission s'arrêtait : c'était l'information principale", dit-il, tout en reconnaissant s'être "trompé" sur la décision, qui n'est pas celle de l'humoriste.

Le 11 mai, Télérama a confirmé que le programme déménagerait le week-end "comme l'a décidé la nouvelle direction portée par Adèle Van Reeth". Quelques heures avant, Van Reeth indiquait dans la lettre de la médiatrice de Radio France : "La décision de faire évoluer cette émission sous un autre format n’est dictée que par le souci éditorial de maintenir l’état d’esprit propre à cette troupe le plus longtemps possible sur cette antenne." Au Monde ce vendredi, Van Reeth se défend de toute mise à l'écart de nature idéologique : "«Ce serait une bien mauvaise idée», rétorque Adèle Van Reeth, que de vouloir changer «ce qui fait que les auditeurs l'écoutent», soit «la liberté d'expression», «l'impertinence» ou encore «la liberté de critiquer l'antenne elle-même»." Mais alors, pourquoi ? Selon la directrice, ce serait pour amener Vanhoenacker à "sortir de sa zone de confort"

Mais justement, cette "zone de confort", celle où on peut chahuter un ministre et le mettre face aux accusations de viol qui le visent ; celle où, via le micro de Meurice, les gens "qui ne sont rien" peuvent se moquer des déclarations absurdes de ceux du Medef, de la macronie, de la droite catho versaillaise ; cette parenthèse pour rire de sujets sérieux comme les violences policières ou l'inaction climatique, les auditeur·ices "marqués à gauche" en ont bien besoin. On avait déjà perdu les Guignols, laissez-nous au moins les "sales gosses" de France Inter. 

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