Pascal Praud fait des listes
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Pascal Praud fait des listes

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Il est 9 h 21 sur CNews le 22 septembre et Pascal Praud lance sa revue de presse, qu'il fera "chaque matin", dit-il, "parce que chaque jour, il y aura un artiste, ou un second couteau, qui expliquera à Quotidien, à France Inter, sur le service public, qu'il faut ne pas voter pour le Rassemblement national. Hier, c'était Paul Mirabel." Le comédien Paul Mirabel était sur Quotidien la veille, pour parler de sa nouvelle série, et a déclaré avoir des "convictions", des "choses qui lui font peur", et qu'il est "contre certains partis qui prônent la division et le non-vivre-ensemble". Sans citer le Rassemblement national, mais en montrant du doigt son extrême droite. "Tous les discours politiques de haine, si je peux m'y opposer, je le ferai avec grand plaisir", ajoute Paul Mirabel. C'est tout. Il a dit être contre la haine. Mais Pascal Praud a entendu "je suis contre le RN".

"Chaque jour, on va avoir la petite sortie", poursuit Pascal Praud. "Moi, je pense à Belmondo, qui disait « Je ne veux pas m'engager politiquement », je pense à Brassens..." Brassens ? BRASSENS ? Pascal Praud ose prononcer le nom de Georges Brassens comme exemple d'artiste non-politisé ? Brassens, le poète anarchiste, antimilitariste, anticlérical, le Brassens qui conspuait la peine de mort et se foutait ouvertement des flics ? Et un 22 septembre en plus ?! 

Mais poursuivons. Pascal Praud se marre. "Ils ne sont pas malins, hein ! Ces gens-là, ils sont persuadés qu'ils peuvent influencer la vie des Français, qu'ils méprisent, en plus." Il cite ensuite le slameur Grand Corps Malade, qui regrette que "la parole raciste soit complètement décomplexée", puis l'actrice Adèle Exarchopoulos, qui a déclaré qu'elle ferait "tout pour faire barrage au RN parce que c'est un parti dont les idéologies sont la division et la haine". Deux autres artistes à ajouter à la liste des gens qui préfèreraient que la France ne soit pas dirigée par un gouvernement raciste, et qui ont assez d'influence médiatique pour être entendu·es. Pascal Praud le promet : il fera sa "revue de presse" "tous les jours jusqu'au printemps". 

Le lendemain, mercredi 23 septembre, Patrick Cohen s'en est ému dans son édito politique sur France Inter : "Heureusement, la parole anti-RN est permise, mais l'exercice n'est plus sans risque, surtout si vous êtes une star : vous deviendrez instantanément un sujet de plateau pour CNews et Europe 1. Pas pour débattre de vos craintes et de vos arguments, non : vous serez invariablement moqués, dénigrés, dévalués." Cohen rappelle que "Kylian Mbappé a été l'un des premiers à en faire les frais, lorsqu'il avait alerté sur la montée, catastrophique, du Rassemblement national", et que le judoka Teddy Riner a, lui aussi, été critiqué par Praud en direct après avoir exprimé son "angoisse" face à la montée du RN. "Pascal Praud, depuis, a passé encore un cran", déclare Cohen, avec cette "revue de presse" quotidienne : "Voir son nom affiché, parfois des heures, sur les bandeaux de CNews, c'est l'assurance de torrents d'insultes déversés sur les réseaux. (...) Ces campagnes de dénigrement n'ont qu'un but : harceler, terroriser, réduire au silence. C'est à la fois ridicule et terrifiant. Les médias ne se contentent plus de défendre les partis d'extrême droite, ils en sont le bras armé : ils organisent l'intimidation de leurs contempteurs." En effet : ce que Praud propose, ce n'est rien de moins que de faire des listes d'opposant·es politiques. "Il endosse la marotte historique de l'extrême droite : il dresse des listes", dit Cohen. "Il façonne un ennemi commun en désignant les mauvais citoyens."

Et donc, mise en abyme médiatique, réponse de Praud à Cohen, dès le lendemain : "France Inter perd ses nerfs et l'Arcom devrait intervenir." Quelqu'un au service juridique de CNews a tout de même dû dire à Pascal Praud d'y aller mollo, puisqu'il se voit obligé de préciser que "l'interprétation" de ses propos que "fait" Cohen "est évidemment fausse, et témoigne de gens qui perdent leurs nerfs et qui ont basculé dans l'irrationnel et dans la violence". Praud, piqué dans son ego, menace carrément de se rendre à France Inter : "Benjamin Duhamel, il m'invite tous les matins. Je vais y aller, moi, à France Inter ! Je vais répondre !"

Pascal Praud a toutefois changé ses plans, puisque ni le 23, ni le 24, ni le 25 septembre, il n'y a eu de "revue de presse" dans L'Heure des pros. Praud a préféré interviewer Nicolas Sarkozy, reçu sur CNews comme le Pape (dont l'arrivée à Paris a occupé le reste de l'émission). À la place de la "liste", retour du programme habituel : taper sur les journalistes du service public. "Patrick Cohen s'en prend à CNews et Pascal Praud !" ; "La direction de Radio France est complice !" s'exclament les bandeaux. Circulez, y'a aucune tendance fasciste à voir.

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