Paris Match : Mariage de raison entre patronat et extrême droite
Hihihi, c'est trop mignon, attention, exclu people ! Jordan Bardella est en couple avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, c'est "l'idylle que personne n'attendait" ! #couplegoals #inspiration #royalty !
Cette exclusivité - que dis-je, ce scoop - est signée Paris Match, qui offre au président du Rassemblement national sa Une du 9 avril : "Depuis leur rencontre, en mai dernier, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles et Jordan Bardella ne se quittent plus. Paris Match les a surpris en Corse", peut-on lire dans un article-fleuve sur les deux tourtereaux, qui semble écrit par une plume de la collection Harlequin, à grand renfort d'"harmonie presque irréelle", de "mains qui se cherchent et se rejoignent", d'"amour bien élevé". Et de photos "exclusives" sur les chemins de Corse, dont la mise en scène saute aux yeux : incroyable, Paris Match a croisé Bardella et sa "princesse"
(mot utilisé au premier degré plusieurs fois) "dans le décor somptueux de la pointe de la Parata", mais aussi "dans les rues d'Ajaccio" ! Quel hasard inouï !
Bien sûr, le magazine people - détenu par Bernard Arnault, qui l'a racheté à Vincent Bolloré l'an dernier - en fait des tonnes sur "ce couple incroyablement atypique" possédant "une élégance classique" : "Ensemble, ils réinventent l'amour courtois, version XXIe siècle". Bien sûr, personne n'est dupe : la paparazzade est visible à des kilomètres alentours. La journaliste qui signe l'article, "Anne Tucoy", n'a jamais rien écrit d'autre : signe clair qu'il s'agit d'un pseudo, personne à Paris Match ne souhaitant prêter son nom à cette courbette éditoriale.
Ce qui l'est moins, c'est l'enthousiasme avec lequel Bernard Arnault, via sa feuille de chou, applaudit le jeune président du Rassemblement national. Avec ce photoshoot gratuit doublé d'un texte publicitaire, Paris Match ne fait rien de moins que lancer la campagne présidentielle du RN. Et appelle au passage de ses vœux l'avènement d'un nouveau régime, sorte de monarchie républicaine qu'incarnerait ce "couple incroyablement atypique" : "Lui la rupture, elle la continuité. Dans la tradition française, ces oppositions ne sont jamais absolues. Elles dialoguent, s'entrelacent, se répondent. Après tout, la monarchie, l'Empire, la République ne sont-ils pas autant de formes d'un même récit national, toujours traversé par cette tension entre héritage et conquête ?"
Hasard inouï, encore, sans doute : cette Une au parfum d'amour princier est publiée quelques jours après le dîner chez Drouant de Marine Le Pen avec les grands patrons, dont le Nouvel Obs a révélé la tenue le 7 avril au soir. Étaient présents "une quinzaine des plus grands dirigeants français, dont ceux de TotalEnergies, Accor, Engie ou Renault, mais aussi le PDG de LVMH" - Bernard Arnault, donc. "Une première pour lui, qui a toujours revendiqué ne pas rencontrer les membres du RN", soulignent les journalistes de l'Obs.
Peu importe donc que Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles soit "descendante directe de Louis XIV" et "cousine au 13e degré de Louis XX, «prétendant» au trône de France depuis 2019" - détail qui passionne le Parisien, qu'on ne savait pas si royaliste. La vraie info, c'est l'idylle que personne n'attendait, et dont personne ne veut : pas celle du bellâtre d'extrême droite et de la descendante d'aristos, mais celle du patronat et du fascisme. Après tout, c'est bien connu : "dans la tradition française, ces oppositions ne sont jamais absolues."
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