SeaFrance, cynisme à ciel ouvert
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SeaFrance, cynisme à ciel ouvert

A quoi reconnait-on un animal politique aux abois ?

A la magnifique manoeuvre de Sarkozy dans le dossier SeaFrance, par exemple. En quelques minutes, lundi matin, Sarkozy a amené deux de ses ministres, Mariani et Kosciuzko-Morizet, à se dédire, et à soutenir le plan de création d'une coopérative ouvrière par la CFDT de l'entreprise maritime de Calais, plan qu'ils jugeaient irréaliste quelques heures plus tôt. Mais tout est dans le détail supplémentaire: avec cynisme, le pouvoir fait aux salariés le cadeau empoisonné d'une indemnité de licenciement "supra-légale", à charge pour eux de la réinvestir dans la future éventuelle SCOP. JTs de lundi soir, et informations radio du mardi matin, ont repris l'information, insistant comme il se doit sur le reniement de Mariani, parfait dans le rôle du mangeur de chapeau, et laissant déjà entrevoir l'embarras des salariés. Au-dessus du coup de poker, plane une image-souvenir: Jospin, en 2002, étalant son impuissance devant les ouvriers licenciés de Lu. Tout, plutôt qu'être pris en flagrant délit d'impuissance.

Encore le tam-tam audiovisuel a-t-il, comme d'habitude, gommé les détails. D'autres informations soulignent encore mieux l'ampleur du reniement gouvernemental. Ainsi, il faut bien chercher dans les coins, pour apprendre que la CFDT a refusé une offre de reprise, qui aurait préservé 460, voire 600, des 880 emplois de l'entreprise. Et il faut encore mieux chercher, pour lire le détail d'un rapport de la Cour des comptes, sévère pour la même section CFDT de SeaFrance (accusée de porter une lourde responsabilité dans la déconfiture de la filiale de la SNCF, notamment pour avoir favorisé les recrutements de complaisance, etc). Ce rapport avait pourtant été publié dès octobre dernier.

En période ordinaire, on imagine quelle utilisation de ce rapport de la Cour des comptes aurait été faite par le pouvoir et ses relais, pour justifier leur intransigeance. Mais on n'est pas en période ordinaire: par exemple, Le Figaro de ce jour ne fait même pas état du rapport cité par Atlantico, dont il se fût pourléché dans un autre contexte. Dans cette manoeuvre, le cynisme est partout: dans le cadeau, dans le poison, dans le tempo. Le plus fascinant, dans la manip, c'est que rien n'est caché, ni ce cynisme ni les pièges, pour peu que l'on fouille un peu. Mais peu importe. Sarkozy compte désormais sur le rythme du sprint, pour ne laisser dans l'oeil des électeurs que l'impression rétinienne du président qui tente tout pour sauver l'emploi. Cela fonctionnera-t-il ? Impossible à discerner déjà. C'est le propre des coups de poker: ça passe ou ça casse.

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