Scoop : sur la presse, Hollande pense comme Bolloré
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Scoop : sur la presse, Hollande pense comme Bolloré

Une chose, au moins, que les journalistes reconnaissent à François Hollande

, c'est qu'il aime les journalistes. Ils le fascinent. Il répond à leurs textos, voire leur envoie lui-même des textos. Selon les hollandologues, il correspondrait avec 70 journalistes environ, en donnée corrigée des variations saisonnières (au point qu'un journaliste de plus de 50 ans ne disposant pas du numéro de portable de François Hollande, ce qui est mon cas, peut considérer avoir raté sa vie). Cet amour inconditionnel serait une des raisons pour lesquelles il s'est fourré lui-même dans le piège invraisemblable de Davet et Lhomme.

Une des choses les plus évidentes à propos de Vincent Bolloré, à l'inverse, c'est qu'il n'aime pas les journalistes. Plus précisément, il ne comprend pas à quoi ils servent. Cette ridicule manie, par exemple, comme ce Tristan Waleckx, d'Envoyé Spécial, d'aller enquêter jusque dans les plantations africaines des sous-traitants de Vincent Bolloré. Un journaliste d'une entreprise possédée par Vincent Bolloré, dans l'acception de Vincent Bolloré, est fait pour servir les intérêts de Vincent Bolloré. Et un journaliste d'une entreprise concurrente, c'est logique, n'a pour obsession que de démolir Vincent Bolloré. Si Bolloré se bat contre toute la rédaction de iTELE pour imposer à l'antenne l'improbable Morandini, avec ses improbables témoins morandinoïdes, c'est parce que Morandini a toujours bien fait passer les messages de Bolloré.

Ecoutons maintenant Hollande parler des medias. C'est un extrait du Davet-Lhomme, encore un (page 605), qui n'a pas été assez souligné. Hollande, dans le texte : "Toute la presse française est possédée par les plus grandes entreprises françaises, qui devraient avoir comme seule ambition de vendre leurs produits à l'extérieur. Or les journaux se livrent à un abaissement de la France, ce qui est absurde". Ce n'est pas un grief. François Hollande ne formule pas de griefs. On n'est plus dans les années 60. Ce n'est pas lui qui reprocherait à France Télévisions, comme Sarkozy, d'être un maquis guevariste. C'est un constat. Logique. Imparable. Arnault, Dassault, Drahi, Niel, veulent vendre leurs produits à l'étranger. Mais alors, pourquoi donc leurs journaux publient-ils chaque mois les désastreux chiffres du chômage ? Pourquoi diable font-ils à la France cette réputation ridicule de principauté burkino-obsédée ? Il y a là une contradiction qui dépasse l'esprit logique de François Hollande.

Voilà où en est, en France, en 2016. Voilà l'idée qu'un politicien modéré, ni meilleur ni pire que les autres, une sorte de moyenne arithmétique du politicien français, ainsi qu'il se révèle dans le livre, voilà l'idée que ce politicien, considéré par nombre de journalistes comme un des plus intelligents du moment, se fait de la presse. Hollande n'aime peut-être pas Bolloré. Il le dit ailleurs, dans un autre livre de confidences. Mais il pense exactement comme Bolloré.

Gants d'un employé d'une palmeraie africaine exploitée par un sous-traitant de Vincent Bolloré (France 2)

Alors que leur livre à fragmentation produit chaque jour davantage d'effets, Gérard Davet et Fabrice Lhomme seront nos invités cette semaine. Et on aura beaucoup de questions à leur poser.

Màj : 9 heures 40 : rajout du lien vers la citation anti-Bolloré de Hollande. Merci l'oreillette !

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