Le train (n') entrera (pas) en gare
Le matinaute
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Le train (n') entrera (pas) en gare

Trop belle pour être vraie, cette histoire des trains trop larges pour les quais de gare

, révélée par Le Canard Enchaîné. Si belle qu'elle tournait déjà en boucle sur BFM mardi soir, avant de s'épanouir aux radios du matin, avec toutes ses déclinaisons : le "mea culpa" de Réseau Ferré de France pour le brouillage de la communication avec la SNCF, et le génial "les régions ne sont pas des pigeons" du président de l'Association des Régions Françaises, le socialiste Alain Rousset (source apparente de la fuite canardesque) qui refuse de débourser le moindre centime sur les 50 millions (ou 80 ?) que devrait coûter le rabotage des quais de gare, pour y laisser entrer les TER, construits trop larges de 20 centimètres. Question annexe (et purement gratuite) : "Les régions ne sont pas des pigeons", combien de millions, pour le communicant qui a inventé la formule ?

Trop belle, l'histoire, et tombant trop bien, à quelques jours des Européennes. Même si pour l'instant les réactions se partagent entre l'hilarité et la colère, l'affaire va mécaniquement conduire à s'interroger sur ses causes : la fameuse scission de la SNCF (les trains trop larges) et de RFF (les quais à raboter). Pourquoi cette scission, en 1997 ?  Là encore, comme partout, l'Europe, évidemment. Plus précisément, l'Europe de la libéralisation du rail. Pas question, en effet, de mettre la Deutsche Bahn, par exemple, en situation de devoir négocier le passage de ses trains sur les rails français avec sa concurrente directe la SNCF.

Donc, scission. Et comme d'habitude, présentée à l'époque comme inéluctable : on n'a pas le choix, c'est l'Europe, la libéralisation, le sens de l'Histoire, et ne bougez plus, le départ de notre train est imminent. Enfin presque. Puisque après avoir scissionné en 1997, le gouvernement s'apprête aujourd'hui à regrouper. Vous ne le saviez pas ? Il faut lire la presse plus attentivement, par exemple ici ou. Mais attention, ne lisez pas seulement les titres. Quand on parle de "regroupement", c'est un regroupement à la Hollande -vous savez, l'inventeur de la courbe qui s'inverse sans bouger. Si l'on lit bien ce qui transpire du projet, il s'agit plutôt, à la place des  deux sociétés existantes, d'en créer...trois. En effet, à la dualité trains / rails, il s'agirait de substituer une "trialité" trains / rails / entretien des rails. L'ensemble devant à la fois être regroupé sous une même autorité (pour la rationalité du projet; sortir de la situation ubuesque, etc) et scindé (pour ne pas trop déplaire à la Commission). Après la renégociation qui ne change rien aux traités, la courbe qui s'inverse sans bouger, on va donc inventer le regroupement qui morcelle. Si j'ai mal compris, merci de me le signaler. En tous cas, la corporation des raboteurs de quais a de beaux jours devant elle. En soi, c'est une bonne nouvelle pour l'emploi.

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