Un pays respirable, mode d'emploi
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Un pays respirable, mode d'emploi

Promesse tenue: de même qu'il a réussi la prouesse d'arriver à l'heure à l'Elysée en s'arrêtant aux feux rouges

, Hollande a tenu sa promesse d'un gouvernement paritaire, malgré l'ambiance très testostérone qui règne autour de lui. Promesse tenue, au prix de quelques bizarreries de casting (on serait heureux de connaître les opinions précises de Christiane Taubira sur le statut du juge d'insutruction, ou l'indépendance des parquets), mais promesse tenue, et, disons-le, en plein accord avec la hollando-mania ambiante, c'est bon signe. Tiens, à propos de hollando-mania: vous êtes plusieurs, dans les forums, depuis plusieurs jours, à nous reprocher, gentiment mais tout de même, de maintenir en éveil notre sens critique, sur les nouveaux signes du nouveau pouvoir. On n'aurait pas dû rappeler les détails de la condamnation de Ayrault en 1997, on n'aurait pas dû s'interroger sur l'ambiguïté de l'hommage à Jules Ferry, on n'aurait pas dû regarder de si près les premières déclarations de Hollande à Berlin pour y déceler l'amorce d'un reniement sur la BCE, et Didier Porte aurait presque dû faire semblant de ne pas voir la hollando-mania de la télévision publique, dès les premières minutes de l'élection.

Mille excuses aux blessés. Mais désolé: on continuera. Tout pouvoir produit des signes (ou de la propagande, comme on voudra), et on continuera de les analyser, en fouillant avec acharnement leur rapport au réel. On continuera, parce qu'on est là pour ça, et qu'on ne peut pas s'en empêcher. On continuera, parce que cinq ans de sarkozysme nous ont habitués à une totale liberté de parole, et que cette très mauvaise habitude ne se perd pas. Ce qui ne signifie pas, chers blessés, que nous mettions sur le même plan sarkozysme et hollandisme. Nous vivons à nouveau, depuis le 6 mai, dans un pays respirable. C'est déjà énorme. Mais en même temps qu'un soulagement, c'est un danger. La bonne tête, féminine et jeune, de ce nouveau gouvernement, la sincérité évidente de l'engagement politique d'un Jean-Marc Ayrault, qui transparaissait hier soir chez Pujadas, sont autant de dangers envers l'esprit critique. Il serait si facile de se laisser bercer, et de s'endormir. Mais ce n'est pas la bonne adresse. Rester aussi vigilants qu'auparavant envers des signes produits par des personnes que l'on respecte a-priori, telle est notre nouvelle gymnastique.

Situation nouvelle pour nous: nous avons reçu sur notre plateau, depuis 2007, un certain nombre de nouveaux ministres. Si vous voulez donc voir Laurent Fabius guerroyer contre le CSA à propos du temps de parole présidentiel (continuera-t-il ?), c'est ici. Si vous voulez entendre Aurélie Filippetti évoquer la fierté du travail, c'est là. Si vous voulez vous souvenir de la bataille de Vincent Peillon contre le tropisme "identité nationale" de France 2, notre émission est là. Nous avons aussi reçu Cécile Duflot (prendra-t-elle encore le RER ?) Delphine Batho (rendra-t-elle son appartement ?) et même deux fois, ici et, Pascal Canfin, ex-futur promoteur d'un "Greenpeace de la finance", et désormais ministre de la Françafrique, à qui nous souhaitons bien du courage.

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