Tarnac, et le désordre normal des choses
chronique

Tarnac, et le désordre normal des choses

"Qu'est-ce que vous ressentez aujourd'hui ? Du soulagement ? C'est fini, enfin fini ?" demande sur France Inter Ali Baddou à Yildune Lévy. Un court moment de silence. Yildune Lévy ne sait pas si elle peut s'autoriser à se sentir soulagée. Oui, dans son jugement de relaxe générale, le tribunal de Paris a bien écrit que "l'audience a permis de comprendre que le groupe de Tarnac était une fiction"Une fiction de dix ans, co-écrite par l'ancienne ministre Michelle Alliot-Marie, par les policiers de l'antiterrorisme, et par eux-mêmes, d'ailleurs, en se baptisant, c'est vrai, d'un autre nom, bien plus romanesque : "le comité invisible".

Mais après dix ans d'essoreuse, comment croire que tout va s'arrêter du jour au lendemain ? Comment admettre qu'on en soit sortie ? Dans les dix jours qui viennent, le parquet peut encore faire appel. Yildune Lévy est une lutteuse. Une lutteuse n'est pas soulagée. Elle gagne ou elle perd le combat. C'est à la sortie de l'audience, hier, à chaud, qu'elle a trouvé les mots pour se dire. "Il ne faut jamais cesser de se battre contre toutes les machines à broyer quelles qu'elles soient, de l'antiterrorisme jusqu'aux tractopelles de Notre-Dame-Des-Landes" a-t-elle dit devant tous les micros. Des mots justes, tendus entre Corrèze et Bretagne comme une ligne invisible et évidente, tellement plus évidente qu'une ligne TGV. Des mots qui semblent tout droit sortis de L'insurrection qui vient, ce magnifique texte par lequel, dix ans plus tôt, tout est advenu.

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