Surchauffes et amnésies
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Surchauffes et amnésies

Il y en a un qui a passé un drôle de week-end, c'est un septuagénaire nommé Jean-Pierre Discazeaux, retiré à Biarritz.

Il est l'heureux propriétaire de l'appartement du 20, rue du Cirque, dont plus personne n'ignore l'existence, l'appartement de l'affaire Closer. Et toutes ces dernières heures, des journalistes (dont Sébastien Rochat, d'@si) l'ont appelé pour l'interroger sur ses liens avec le grand banditisme corse. Parce que Mediapart avait écrit que le fameux appartement était "lié au grand banditisme corse" (Valeurs Actuelles estimant, lui, que le même appartement était propriété d' "un patron du CAC40"). Bon. L'appartement appartient donc à M. Discazeaux, qui en a hérité de son père en 2003, et l'a lui-même habité pendant 40 ans. Sauf enquête contraire de Valeurs Actuelles ou de Mediapart, rien n'établit qu'il soit patron du CAC40, ni lié au grand banditisme corse. Attention : l'histoire reste tout de même grave. François Hollande a certainement fait preuve d'une certaine inconscience, en se rendant dans un appartement loué par une comédienne elle-même liée à deux personnalités corses douteuses, ne serait-ce que parce qu'il se plaçait en position d'être victime de maîtres-chanteurs divers. Mais les confrères sont allés un peu fort sur les titres (et nous-mêmes aussi en les reprenant, même sous couvert d'un point d'interrogation).

Coïncidence, on apprenait hier que dans l'affaire Karachi (tout le dossier est ici), Edouard Balladur et François Léotard pourraient être traduits devant la Cour de Justice de la République. C'est le procureur de Paris qui a requis ce renvoi. Balladur et Léotard sont soupçonnés d'avoir oeuvré pour faire entrer de surfureux intermédiaires dans des contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite, sur fond de rétrocommissions ayant servi à financer la campagne de Balladur en 1995. Les juges d'instruction soupçonnent même de l'enrichissement personnel. Balladur et Léotard, oui, mais pas Sarkozy. L'ordonnance du procureur ne mentionne même pas son nom. Apparemment, rien ne mouille Sarkozy dans cette affaire Karachi. "L'analyse du parquet rejoint donc celle des magistrats instructeurs, qui semblent considérer ne pas avoir réuni d'indices graves et concordants susceptibles d'entraîner des poursuites visant l'ex-chef de l'Etat" écrivent Gérard Davet et Fabrice Lhomme, du Monde.

Vous vous souvenez ? Alors que l'instruction battait son plein, nos confrères investigateurs étaient divisés. Mediapart et Libé exploitaient chaque élément, chaque témoignage, susceptibles d'impliquer Sarkozy. Le Monde s'évertuait déjà à expliquer que les charges contre le président d'alors étaient insuffisantes. On vous l'avait par exemple exposé ici ou encore ici. Bien. Aujourd'hui, alors que l'histoire semble donner raison aux têtes froides du Monde, Mediapart livre l'information sans aucun commentaire. Quant à Libé, dans son petit article de page 11 mentionnant le possible renvoi de Balladur et Léotard devant la CJR, il n'évoque même pas le nom de Sarkozy. Providentielles amnésies.

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