Rokhaya Diallo virée du Conseil du Numérique : enfin une illustration du racisme d'Etat !
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Rokhaya Diallo virée du Conseil du Numérique : enfin une illustration du racisme d'Etat !

Pour éclairer le gouvernement sur les sombres chemins périlleux de la Révolution Numérique

, l'Etat, dans sa grande sagesse, a créé un "Conseil National du Numérique". Et comme cet Etat, dans sa décidément immense sagesse, a compris qu'il ne saurait être éclairé par lui-même, il a conféré à ce Conseil National du Numérique un statut d'autorité indépendante. Enfin, presque indépendante. Le gouvernement nomme tout de même son président. Donc, il vient de nommer une nouvelle présidente, Marie Ekeland. Et, dans un geste fou, a demandé à cette présidente de nommer elle-même les membres du Conseil. En toute liberté.

A priori, l'Etat ne prenait pas grand risque. Marie Ekeland est ce qu'on appelle une "capital risqueuse". C'est elle qui a conduit l'entrée à la bourse américaine de la "pépite" française Criteo (Criteo, c'est ce système infernal qui, quand vous avez commandé sur Internet des chaussures en daim gris, farcit toutes vos pages avec des pubs de chaussures en daim gris. Vous aimeriez lui crier : eh, Criteo, les chaussures en daim gris, je les ai déjà ! Puisque tu sais que je les ai achetées. Mais Criteo est imperturbable, comme toute pépite qui se respecte). Autant dire que vue de Macronie, Marie Ekeland présentait toutes les garanties de moralité. Et puis, c'est une femme. C'est sympa, une femme, pour la photo.

Or donc, dans un autre geste fou, Marie Ekeland s'avisade nommer au Conseil National du Numérique l'essayiste et chroniqueuse de télévision féministe et antiraciste Rokhaya Diallo. On pense ce qu'on veut de Rokhaya Diallo. On peut penser qu'elle a accepté avec un peu de légèreté de jouer la Diversité-alibi chez Hanouna, et assimilés. Mais ce n'est pas la question. Aussitôt nommée, Rokhaya Diallo a provoqué des hurlements dans la réacosphère. Pensez : elle n'est pas radicalement hostile au port du voile. Elle a tenté d'expliquer la notion de "racisme d'Etat". Elle n'était pas totalement Charlie en 2011. Et donc, comme le révélait hier Lucie Ronfaut du Figaro, le gouvernement, par la voix du secrétaire d'Etat au Numérique Mounir Mahjoubi (lui-même ex-éclaireur, comme ancien président du même Conseil National du Numérique, et aujourd'hui éclairable) demanda à Martie Ekeland, pour des raisons de "sérénité", de revoir sa copie. Et le premier acte de cette recherche de sérénité fut d'éjecter Rokhaya Diallo.

Parmi toutes les raisons pour lesquelles Rokhaya Diallo est préjudiciable à la sérénité des débats, celle d'avoir tenté d'expliquer le concept de "racisme d'Etat", concept considéré comme injurieux notamment par le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer. C'est un concept compliqué (on essayait de vous l'expliquer ici). Peut-on, en France, parler de "racisme d'Etat", comme dans l'Allemagne nazie ou dans l'Afrique du Sud de l'apartheid ? Même les sociologues les plus critiques ne s'y risquent que du bout des lèvres. Parler de "racisme d'Etat" suppose tout de même un élément intentionnel dans l'action raciste. Tous les adeptes de cette théorie du "racisme d'Etat" peuvent aujourd'hui remercier le gouvernement. En virant Rokhaya Diallo du Conseil National du Numérique, il vient enfin d'offrir une illustration claire, pédagogique, incontestable, (et qui sera, je le parie, parfaitement comprise comme telle par la presse américaine) de cette notion de racisme d'Etat.

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