Que faire des films de Polanski ? Très simple : les relire !
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Que faire des films de Polanski ? Très simple : les relire !

A l’émission de Mediapart titrée “le cinéma est-il hors de la société ?”, Frédéric Bonnaud est venu avec une coupure du Monde.

Frédéric Bonnaud est le directeur de la cinémathèque française, qui consacre en ce moment une rétrospective à Roman Polanski. La soirée d’ouverture de cette rétrospective a été perturbée par une centaine de manifestantes féministes (accord de majorité), en demandant l’annulation. Outre l’affaire de viol pour laquelle il a été jugé, Polanski est aujourd’hui accusé de violences sexuelles par dix autres témoignages de femmes. Fallait-il, dans ces conditions, maintenir cette manifestation ?

Bonnaud, donc, lit un extrait du Monde. C’est une citation de l’une des manifestantes, à propos du Bal des vampires. "J’ai montré récemment le film à ma fille de 13 ans, elle a trouvé ça dégoûtant, plein de sous-entendus, les filles n’y sont représentées que comme des amusements et les mecs y sont des gros débiles queutards". Bonnaud : "C’est pas les flics, que je devrais appeler, là. C’est les urgences psychiatriques". Rires sur le plateau.

Seule en plateau avec lui, Lenaïg Bredoux, journaliste à Mediapart, tente d’expliquer que les films sont une chose, et leurs auteurs en sont une autre. Après tout, pourquoi ne pas projeter les uns sans les autres ? "Absurde !" tranche Bonnaud, qui est venu s’offrir en statue du Combattant Solitaire de l’Art Eternel, contre les totalitarismes de l’époque. D’ailleurs, c’est sous la pression de ce totalitarisme, que la cinémathèque vient d’ajourner sine die, annonce théâtralement le directeur, une rétrospective des films de Jean-Claude Brisseau, réalisateur condamné en 2005 et 2006 pour harcèlement sexuel sur deux actrices, et agression sexuelle sur une troisième.

Que faire des films des agresseurs sexuels ? Faut-il jeter Le pianiste à la poubelle ? Il est dommage que Frédéric Bonnaud n’ait pas lu sur le plateau la suite de la citation de la manifestante, toujours à propos du Bal des vampires. "Ma fille, dit-elle, avait un regard critique que je n’avais pas du tout à son âge. Il y a un truc qui s’est passé. Les générations qui viennent sont moins soumises à la séduction, à la domination. On les a élevées différemment."

Que faire des films ? Mais la solution est devant vos yeux, Frédéric Bonnaud, avant d’appeler "les urgences psychiatriques". Les projeter, les projeter encore, par exemple à la cinémathèque, et tenter, comme le propose ici André Gunthert, d’y déchiffrer ce que l’on n’y voyait pas, mais qui aujourd’hui saute aux yeux : le fameux regard masculin, qui s’est niché partout, jusque dans les oeuvres les plus insoupçonnables. Le débat qui a enflammé nos forums, après l’émission, dans laquelle nos invitées ont disséqué un viol dans le film Parle avec elle, d’Almodovar, montre l’exemple de ce que cela pourrait être. Les œuvres seront ainsi préservées de la censure totalitaire. Et l’intelligence collective en sera enrichie. En France et à l’étranger, de nombreuses spécialistes, et même quelques spécialistes mâles, s’en feraient un plaisir. Sans parler de la fille de la manifestante du Monde.

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