Profs en retrait, jour après jour
Le matinaute
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chronique

Profs en retrait, jour après jour

Matin après matin, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry sur Seine revient dans les bulletins des radios.

Les enseignants de ce lycée exercent en ce moment leur "droit de retrait", en demandant la création de onze postes de surveillants, après l'agression d'un lycéen de quatorze ans dans l'établissement. Le rectorat répond clôture. Le rectorat veut bien accorder des "médiateurs de réussite scolaire". Les "médiateurs de réussite scolaire", innovation Darcos, sont des jeunes titulaires de contrats précaires, et chargés d'appeler les familles en cas d'absentéisme (ici, par exemple, un reportage sur une "médiatrice de réussite scolaire". Je n'ai pas encore lu d'enquête d'ensemble sur cette innovation). Mais non. Les profs réclament onze vrais postes de surveillants, stables et motivés. Et ils ajoutent, ces nantis-provocateurs-non-mais-vous-avez-vu-vos-vacances-qu'est-ce-que-vous-voulez-de-plus ? Ils ajoutent : aux 35 heures, et en CDI. Ben tiens ! Et pourquoi pas avec repas à la cantine, pendant que vous y êtes !

On se demande pourquoi cette grève, dans un seul établissement, est suivie avec autant d'attention par les radios et les jités. En toute logique médiatique, une grève dans un seul lycée, qui certes dure mais ne s'étend pas, ne devrait pas bénéficier d'une telle attention. Ils devraient tomber dans le trou noir, les profs de Vitry. Dans le trou noir où croupissent, tout au long de l'année, les grèves ponctuelles et incessantes de tel ou tel établissement, protestant contre des suppressions de postes ou de classes.

Risquons quelques hypothèses matinales. La grève d'Adolphe Chérioux est suivie, même si ce n'est pas dit ainsi, parce qu'elle est symbolique. Elle est suivie, parce qu'elle survient alors que le sarkozysme est sur la défensive, accumule défaite sur défaite, et qu'elle a donc quelques chances d'être victorieuse. Qu'elle réussisse, que le rectorat accorde les postes demandés, et demain peut-être, ce sont dix, cent lycées Adolphe Chérioux, qui demanderont eux aussi des créations (ou des non-suppressions) de postes. Sans le savoir, chacun devine de quelle lassitude, de quelle exaspération, est née leur détermination d'aujourd'hui. On pressent qu'ils ne plieront pas. On sait que les étincelles proviennent souvent d'où on ne les attend pas.

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