Privatisation EDF : Le Monde démasque Kretinsky
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Privatisation EDF : Le Monde démasque Kretinsky

Quelle surprise ! Daniel Kretinsky avait menti. Dès 2016, le magnat tchèque avait mené une intense campagne auprès des politiques français, pour prendre une participation dans EDF. Lors de son entrée au capital du Monde, en 2018, en association avec le banquier Matthieu Pigasse, il avait pourtant affirmé le contraire. "Je ne suis pas du tout lié au système politique français et à ses représentants.Tout simplement, je n’ai pas le plaisir de les connaître du tout (sauf M. Edouard Philippe que j’ai rencontré une fois avant qu’il n’ait pris ses responsabilités actuelles – en plus, je suis sûr [qu’]il ne se souvient pas de cette réunion). Pour résumer : je n’ai pas de conflit d’intérêts en France". Voilà ce qu'il avait écrit, pour les rassurer, aux personnels du Monde. C'était faux. Outre le futur Premier ministre Edouard Philippe, Kretinsky avait déjeuné (dans un restaurant étoilé) avec le sénateur LR Gérard Longuet, et rencontré le député LRM Thierry Solère. Sa prise de participation, possiblement bientôt majoritaire, dans Le Monde, apparait donc comme ce qu'elle est : la volonté de se doter d'un outil d'influence et de dissuasion, auprès du pouvoir français. 

A vrai dire, on s'en doutait un peu. On supputait jusqu'alors qu'il cherchait à se placer dans la perspective de la privatisation du gazier Engie. C'était EDF. A moins que ce soit les deux.

Où apprend-on l'existence de ces rencontres ? Dans Le Monde, qui y consacre une longue enquête. Le journal continue ainsi de se placer dans la situation, sans précédent à ma connaissance, d'un journal menant une investigation sans concession sur un de ses actionnaires, possiblement bientôt majoritaire. Il ne faut pas être extra-lucide pour comprendre que ces enquêtes ont pour but de faire capoter l'opération Kretinsky. La rédaction ne veut pas du Tchèque masqué, et se défend avec ses armes : le journalisme.

Il y a deux lectures de cette offensive. On peut y voir un magnifique combat de journalistes contre les capitalistes qui prétendent les réduire à l'état d'une marchandise comme une autre. Mais on peut aussi se souvenir que l'actuel actionnaire majoritaire, le propriétaire de Free Xavier Niel, tenu à l'écart de l'opération Pigasse-Kretinsky, la considère (toujours selon Le Monde) comme "une agression à son encontre". Dans cette lecture, les révélations du Monde servent objectivement un de ses maîtres, contre un autre. Hypothèses, hypothèses... Ce qui est certain, c'est que le "pôle d'indépendance" du groupe (ses personnels et ses lecteurs) a donné quinze jours (jusqu'au 17 septembre) à Pigasse, Niel et Kretinsky, pour formaliser les garanties promises sur leur droit de veto à l'arrivée de tout nouvel actionnaire majoritaire. Faute de donner cet accord, Kretinsky sera amené à revendre ses parts. A ce ce stade, "l'opération influence" ayant été tuée dans l'oeuf par la rédaction, c'est l'hypothèse la plus vraisemblable. "Mais à quel prix ?" se demande un second article du Monde. Kretinsky ayant surpayé sa participation, aura du mal à revendre avec plus-value, ou au même prix. C'est l'épisode suivant du feuilleton.


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