Poutine, dans un autre monde
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chronique

Poutine, dans un autre monde

: c'est Merkel -elle lui a parlé trois fois au téléphone- qui a ainsi décrit à Obama

"Poutine est dans un autre monde" l'état d'esprit du président russe, selon des confidences de l'entourage d'Obama, rapportées par le New York Times. "Dans un autre monde" que celui des occidentaux, mais lequel ? On ne le sait pas exactement -et Obama, qui lui-même a discuté avec Poutine 90 minutes au cours du weeek-end, ne le sait peut-être pas non plus. Ce que l'on sait, c'est que les télés russes, depuis des semaines, décrivent aux Russes une Ukraine dans laquelle les "fascistes", qui ont pris le pouvoir à Kiev, menacent les Russes en Crimée. Des mercenaires venus de Kiev seraient prêts à s'envoler vers Sebastopol, pour massacrer ces Russes de Crimée. Ainsi s'expliquerait, par exemple, l'étrange occupation des aéroports criméens, devant les caméras, à la fin de la semaine dernière, par des soldats en armes, sans signe national distinctif : il s'agissait de rassurer les Russes de Crimée.

Est-ce dans ce monde-là, dans une Russie cernée par le danger fasciste, que vit Poutine ? Jusqu'à quel point lui-même n'est-il pas intoxiqué par la propagande qu'il a déchaînée, et qu'il contrôle ? Ce ne serait pas la première fois. Et si c'était celà avant tout, une situation de guerre : une situation dans laquelle deux peuples, deux camps, vivent dans deux représentations mentales opposées, étanches, entre lesquelles soudain la communication n'est plus possible ?

"Poutine avait tout écrit", assurait sur le plateau une de nos invitées de la semaine, Nathalie Pasternak, une Ukrainienne de Paris. Plus se déroulent les événements, moins cette préméditation machiavélique du Russe semble vraisemblable. Menaces d'exclusion du G8, et surtout effondrement, ce lundi matin, de la Bourse de Moscou, inquiète des bruits de guerre : s'il avait prévu tout ça, il est vraiment très fort. Ce n'est pas la seule approximation proférée cette semaine dans l'émission, où les affirmations sans preuves ont volé en escadrille, à propos de questions aussi différentes que la famine en Ukraine sous Staline, la présence clandestine de Russes parmi les membres des forces spéciales ukrainiennes, ou encore du nombre de députés d'extrême-droite au Parlement ukrainien. Disons que si l'on espérait retirer de cette émission des vérités définitives, on n'y aura pas trouvé son compte. Mais si l'on veut montrer comment intoxication, auto-intoxication, paranoïa, s'emparent des esprits et conduisent aux guerres, l'émission aura été terriblement instructive.

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