Pourquoi le selfie ne tuera pas le photographe
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Pourquoi le selfie ne tuera pas le photographe

Trois ados s'amusent. Deux garçons taquins et une gamine délurée ont décidé de se lâcher un peu.

La vie est dure, on s'emmerde toute l'année, on est surchargés d'obligations absurdes, on peut bien s'amuser. Particularité : tous trois sont chefs d'Etat ou de gouvernement, et ils assistent aux funérailles d'une icône mondiale, devant les objectifs de la presse tout aussi mondiale. La photo de la dissipation aux obsèques de Mandela de David Cameron, Barack Obama, et Helle Throning Schmidt, Première ministre danoise qui a manifestement décidé de faire mieux que dans Borgen, va donc enflammer les réseaux sociaux. La Danoise ayant entrepris de se prendre en "selfie" avec Cameron et Obama, les trois têtes se sont rapprochées au-delà de ce que tolérerait le protocole, et la main d'Obama rejoint celles de sa collègue (sans cependant que la main de l'empire n'entre physiquement en contact avec celles du Royaume européen) pour tenir ferme le smartphone, à défaut de gouvernail mondial. Résultat : une photo magnifique, qui confirme que les images les plus intéressantes ne sont pas les selfies eux-mêmes, mais les photos des gens se prenant en selfie. Le selfie ne tuera donc pas le photographe. Ouf !

Mais évidemment, l'oeil est attiré par un quatrième personnage, distinct du trio, et que l'on découvre dans l'instant qui suit l'exploration des trois têtes convergentes. Michelle Obama est-elle simplement indifférente et concentrée, ou bien fait-elle carrément la gueule ? D'après les témoignages des envoyés spéciaux, la sono du stade étant particulièrement mauvaise, il était difficile de bien entendre les interventions. Il est donc probable qu'elle réprouve ce moment de coupable futilité, aux obsèques de l'icône mondiale. Elle le réprouve comme une foule de vertueux twittos à travers le monde. Comment peut-on s'amuser aux obsèques de Mandela ? Eh bien il faut croire que l'ambiance était à la fête. Nos trois gamins s'amusaient. Desmond Tutu s'amusait. En outre, les trois ados, dans leurs sorties publiques, se sont vraisemblablement transformés en forçats des selfies avec leurs supporters. Un de plus, un de moins...

Sur Twitter, c'est évidemment cette image qui l'emporte sur l'autre, l'officielle, la géopolitique, celle de la poignée de main à Raul Castro, non prévue par la Maison Blanche. Il est vrai que cette dernière scène est encore plus difficile à interpréter que le visage de marbre de Michelle Obama. Selon l'instant et l'angle choisis, elle ne dit pas la même chose. On peut y voir (ci-dessous à gauche) Obama "s'inclinant devant tous les dictateurs de la planète", comme n'ont pas manqué de le relever des Républicains aux Etats-Unis. On peut aussi choisir (à droite) de montrer, chez le vieux Cubain tassé devant le géant américain, une sorte de surprise (le regard interloqué) mais néanmoins respectueuse (la main déployée sur le thorax, que le regard découvre dans l'instant qui suit le dialogue des deux visages).

 
 

  

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