Pour le meilleur et le pire, la monarchie républicaine est de retour
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Pour le meilleur et le pire, la monarchie républicaine est de retour

Bénis soient les enfarinages !

Pour peu qu'ils se déroulent devant des caméras, les incidents impromptus sont toujours les bienvenus, qui en disent davantage en une micro-seconde que tous les exercices de communication préparés. Ainsi on peut maigrir, s'exercer à l'autocensure des blagues et des calembours, réprimer férocement toute velléité de sourire, en dehors des occasions autorisées, bref, se couler dans le bronze du modèle déposé du "président de la Ve République et de la 5e puissance mondiale" réunies, mais il est difficile de s'exercer à l'épreuve inédite de l'enfarinage impromptu.

Il faut regarder et re-regarder Hollande, aspergé par un paquet de farine, alors qu'il est en train de signer la charte contre le mal-logement de la fondation Abbé Pierre. Pas un tressaillement, pas un geste, pas une mimique, ne trahit qu'il est conscient de ce qui vient de lui arriver. Il tourne légèrement la tête de côté et, la seconde d'après, époussette son dossier, comme si rien d'autre n'importait que de poursuivre et terminer la cérémonie symbolique d'hommage à l'icône du mal-logement. Ni colère à la BHL après un entartage, ni sourire complice et amusé de celui qui tenterait, dans la micro-épreuve, de mettre les rieurs de son côté, et serait, finalement, cohérent avec le "j'aime les gens" du Bourget, pas même un milligramme d'étonnement. Une a-réaction absolue, confinant tellement à l'inhumain, qu'on peine à la qualifier, comme tous les commentateurs le firent en temps réel, de "sang froid".

Son agresseuse, qu'à cet instant il ne connaît pas, ne l'encolère ni ne l'amuse, il ne se pose pas la question de l'aimer ou de ne pas l'aimer, il va son chemin, mitterrandien.

Si l'on avait cherché à mettre en image l'exact antipode du "casse-toi pauvre con", on n'aurait pu rêver meilleure illustration. On ne saurait mieux signifier qu'après un intermède clownesque la monarchie républicaine française, pour le meilleur et pour le pire, est de retour.

N.B : Sébastien Calvet, photographe de Libération, raconte sur son blog l'incident et la façon dont il en a tiré des images.

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