Pape François, la révolution ensablée
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Pape François, la révolution ensablée

En début de semaine, c'était fait : "le pape François force l'église à faire sa révolution sur la famille"

, titrait Le Monde, à la Une. Sonnez hautbois, résonnez musettes, "les couples non mariés, les divorcés remariés, les homosexuels, en couple ou non, y compris avec enfants", allaient être "considérés autrement".  Comment ? Les couples gays avec enfants ? Mais oui. Lisez plutôt le rapport d'étape qui justifiait le gros titre : « Les personnes homosexuelles ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne  (...) Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu’il existe des cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires. De plus, l’Eglise prête une attention spéciale aux enfants qui vivent avec des couples du même sexe, en insistant sur le fait que les exigences et les droits des petits doivent toujours être au premier rang. »

Certes, relus attentivement, ces articles n'exprimaient aucune "révolution". Leur objectif, analyse le sociologue Nicolas de Brémond d'Ars, dans une analyse publiée sur un blog de Rue89, était de donner l'impression "que rien ne change, alors que tout change. Ou inversement". Bref, c'était beau comme du "parler double" de Hollande (comment plaire à la fois aux couples gays cathos, et à la Manif pour tous) ? Quant aux homos, "ils restaient des personnes qualifiées de blessées ou en souffrance, fragiles, dont il faut “prendre soin” avec bienveillance et compassion, comme on le fait des prisonniers et des fous" renchérissait dans le même article la théologienne Myriam Tonus.

Mais c'était encore trop. Patatras, samedi, après une semaine de réflexion, rien n'est fait. Les évêques ont finalement voté contre les trois articles problématiques, ceux qui faisaient la Une du Monde. Ces articles, pour être adoptés, devaient réunir les deux tiers des voix : ils n'ont pas passé la barre. Bien sûr, le pape aura le dernier mot. Un jour. Bien sûr, dans l'article du Monde, ces réserves étaient faites. Comme souvent, le corps de l'article tempérait la proclamation de la manchette. "Les « pères synodaux » invités à en débattre disposent de la semaine pour tenter, s’ils le souhaitent, d’infléchir cet état des lieux de leur réflexion" rappelait le journal. N'empêche que la manchette a dégainé trop vite. Pour la révolution, prière de repasser l'an prochain. L'Eglise, qui a l'éternité devant elle, a rappelé sa loi au temps médiatique.

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