Molières et dictature
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Molières et dictature

"Nous ne vivons pas en dictature !" Cette forte parole du président de l'Académie des Molières, Jean-Marc Dumontet, prononcée hier soir à la fin de la cérémonie, les téléspectateurs ne l'ont pas entendue. Et pour cause : elle a été coupée au montage. Au montage ? Il y a donc un montage ? Ce n'était pas en direct ? Ah non. Un léger différé. Léger, c'est à dire 2 heures 45 environ. La cérémonie, qui a débuté (en vrai) à 20 heures, n'a été retransmise à la télévision d'Etat qu'à partir de 22 heures 45. Délai qui laisse, en effet, le temps de jouer des ciseaux. (Et accessoirement a permis au Point d'annoncer le palmarès à l'heure précise où commençait la retransmission).

En l'occurence, pourquoi avoir coupé cette forte phrase du président de l'Académie des Molières ? Parce que Dumontet réagissait ainsi aux cinq minutes d'interruption sauvage d'un groupe d'une quinzaine d'intermittents en Gilets jaunes qui s'étaient introduits dans la salle. Mais cette interruption, on ne l'a pas vue non plus. Et pour cause. Elle a été coupée aussi. Résumons : pour pouvoir couper l'intervention des Gilets jaunes (qui ont notamment remis au ministre de la Culture Franck Riester, présent dans la salle, un "Molière du déshonneur"), France 2 a dû aussi couper l'intervention finale du président des Molières. Les ciseaux ont chauffé, aux Folies Bergère (salle qui, soit dit en passant, appartient à Dumontet).

Donc, "nous ne vivons pas en dictature". La preuve, l'esprit français garde ses droits : l'animateur de la soirée, l'humoriste Alex Vizorek, a pu remercier "le ministre de la Culture Jean-Marc Dumontet et son numéro 2 Franck Riester d'être présents ce soir." En ajoutant, sous les rires de la salle : "néanmoins, on sait bien qui des deux est le plus macroniste" (brillante démonstration de "joke washing"). Victoire de la liberté d'expression : il n'a pas été cueilli par la patrouille à la sortie. "Nous ne sommes pas en dictature" : seulement dans un régime où cette cérémonie est présidée, ciseaux en main, par le nouveau parrain du théâtre privé français, celui-là même qui, pendant la campagne, avait loué deux de ses salles à prix cassé à l'équipe Macron, et est aujourd'hui chargé de la mission officieuse de dénicher le directeur de la communication de la présidence de la République. Pas en dictature, non. Il faudrait inventer un autre mot.

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